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"La rencontre !"

Conférence donnée par Jaya yogācārya le vend 16 oct en cours de méditation.
"La rencontre !"

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Depuis de longues années, je vous parle de l’Ātman आत्मन्, à savoir de votre âme et de sa signature unique dans cet univers intemporel et infini.
Sur le chemin de la connaissance du Soi que nous parcourons ensemble, l’ātman, l’âme individuelle est ce principe immuable en nous qui, pour le Vedānta वेदान्त, est à l’image du Brahman ब्रह्मन् , cet absolu inqualifiable et supra-conscient qui sous-tend l’univers, le manifesté et le non manifesté, le fini et l’infini, le visible et l’invisible, le Tout et le Néant ;
« Purnasya purnamadaya, purnameva vashishyate पूर्णस्य पूर्णमादाय पूर्णमेवावशिष्यते ».

Le propos majeur de la science spirituelle est l’éveil de la conscience individuelle afin qu’elle accède à cet état supra-conscient.

L’éveil spirituel va donc être le processus qui permet de s’éveiller à son « Je profond ».

Le « Je profond » est ce principe fondamental, immuable et inchangé en nous depuis l’enfance. Il sous-tend le « Je personnel ».
Le « Je personnel » défini par l’égo, le mental et les émotions, nous enferme dans l’histoire personnelle, subjective et temporelle.
Je vous rappelle des notions déjà abordées en Vedānta voir conf « Je suis l’océan ».
Les sages considèrent qu’il y a dans la nature humaine et individuelle, deux types de conscience. La conscience subjective et la conscience objective.
La conscience objective est en nous la dimension absolue de la conscience à l’image du Brahman.
La conscience subjective est une conscience de l’attention, de nature bipolaire, faite de la conscience des objets d’une part et de la conscience du « Je personnel » d’autre part, à savoir la dimension subjective.

2

Lorsqu’un être humain prend naissance, il naît en tant qu’individu qui va se développer sur plusieurs plans, tout d’abord sur les plans grossiers du corps physique bien que celui-ci soit déjà sophistiqué et performant. Mais à ce corps en croissance va s’ajouter, dans le processus du développement, des couches plus subtiles telles celles des pensées, du raisonnement, de la personnalité, du savoir, des comportements, des émotions.

D’où tout cela sort-il ? Qu’est-ce qui sous-tend tout cela ?

Pour certaines personnes, le concept de l’âme leur semble si étranger qu’elles le réfutent par l’argumentation de la « périssabilité » de la vie.
Pour le méditant habitué à taire son mental et à immobiliser son corps, le sentiment de présence à soi-même est l’expérience qui mène à l’ātman.

Et ce qui mène à l’ātman, mène à l’absolu.

Si parfois dans la méditation, nous semblons approcher l’état de vide sans pensées ni sensations (pour rappel, cet état de vide n’étant pas l’objectif principal pour le yoga, mais un moyen), la contemplation du vide sans aucune pensée n’efface en rien cette sensation d’être nous-même pleinement à ce moment là.
Nous ne nous effaçons pas par le vide, bien au contraire et le sentiment d’être bien là présent, occupe tout notre être.

Comment pouvons-nous expliquer qu’en dehors de nos références sociales, nous soyons encore nous-même, sans nos pensées, sans nos émotions, sans nos réactions, sans nos relations aux autres ni au monde extérieur, ni au temps, ni à l’espace, tout étant suspendu durant le temps méditatif ?
Tout semble nous ramener, dans le silence méditatif, à l’être originel que nous sommes. Plus d’environnements, plus d’habitudes, de désirs, de peurs, d’intérêts, juste nous en train de méditer.

Après des millénaires d’existence humaine, il n’est plus d’actualité de se demander encore si l’âme existe. Les nombreuses philosophies y ont répondu par la voie de l’analyse intellectuelle et les grandes traditions spirituelles de toutes confessions ont clamé à l’unisson son existence par la voie de l’expérience directe.
Les poètes l’ont chantée.

Si les enseignements pointus métaphysiques et spirituels qui témoignent de l’ātman et du Brahman n’ont pas été écrits pour la totalité de l’humanité, c‘est parce que la totalité de l’humanité ne s’y intéresse pas.

Mais les Upaniṣad उपनिषद् et autres textes sacrés n’ont pas non plus été écrits pour une poignée de privilégiés.
Les messages métaphysiques les plus pointus sont souvent traduits en un langage accessible à beaucoup, mais seuls les chercheurs assoiffés savent les récolter.
Il vous faut donc faire attention à ne jamais ramener l’enseignement transcendantal et métaphysique au niveau de votre égo, du seul intellect, de votre mental ou d’une psychothérapie spirituelle.
En ce qui concerne l’âme, il ne faut surtout pas vous dire que cette notion n’est pas pour vous.

Il est vrai que lorsqu’on vous parle de votre âme, certains d’entre-vous, tout chercheurs spirituels que vous êtes depuis des années, ne peuvent esquiver cet air imperceptiblement dubitatif.
Si vous n’êtes pas encore ou ne serez jamais cet être assoiffé de connaissance et de transcendance, alors il est possible que vous n’ayez encore qu’une notion très conceptuelle, très cérébrale de l’ātman.

Cette notion ne vous concernerait-elle pas ?
Le chercheur authentique doit se poser les vraies questions.

3

Comment ce qui est fondamentalement en moi ne me concernerait pas ?
Comment cela se pourrait-il que je ne réalise jamais ce que je suis déjà ?
L’homme ordinaire pense que tout cela lui est inaccessible. C’est un sacré malentendu chez lui.
Le chercheur spirituel que vous êtes censé être, serait-il un homme ordinaire qui finalement ne sait pas parler à son âme pour ne jamais l’avoir rencontrée ?

Ce malentendu amène beaucoup de personnes, enfermées dans l’identification à leur histoire personnelle faite de peurs et d’ incertitudes, à ne jamais considérer pouvoir accéder ou rencontrer leur âme, celle de nature intemporelle et infinie.

Pour un grand nombre de personnes, le cœur est souvent le chemin direct pour accéder à leur âme.
Par le ressenti, par la sublimation arrive la transcendance du cœur qui mène à l’extatique vérité. C’est le chemin de certaines traditions telles la mystique chrétienne, les pratiques soufies, derviches, etc.
Mais tout le monde n’est pas Rûmî ou Rāmakṛṣṇa रामकृष्ण !

Toujours dans la préoccupation de situer la notion d’âme, certaines pratiques contemporaines de développement personnel relient à l’esprit la partie consciente et tout ce qui est inconscient à l’âme en attribuant les sentiments à l’âme et les pensées à l’esprit. C’est aller vite en besogne !
Une de fois de plus, nous pouvons observer que la dimension mystique a été ôtée de la démarche de la connaissance de soi.
Ainsi, nous sommes invités à expérimenter un sentiment de plaisir ou d’inspiration ou d’envol en les attribuant aux sentiments de l’âme, mais avoir le cœur lourd et se sentir déprimé serait ainsi aussi des expériences de l’âme !
Ce n’est pas faux en soi au vu de la proximité du « Je profond » et du « Je personnel » ; il y a toutefois un grand risque de confondre le vrai langage de l’âme avec celui des émotions du cœur.

Pour le Vedānta, rester dans l’approche du « Je personnel » qui sous-tend le « Je profond », maintient la limitation entre les sentiments et la véritable expérience mystique.

Bien sûr, nous devons, dans cette quête de la compréhension des enseignements sacrés, réunir tous nos outils pour être à la fois dans l’horizontal et le vertical.
Tout de nous doit y participer ; nos formes, nos sensations, nos émotions, nos pensées, nos demandes, notre cœur mais aussi notre état d’observateur, de témoin, notre conscience aiguë.

Mais « Cœur affamé n’a pas d’oreilles ! »

Les émotions sont le lieu des demandes intenses, des attentes qui peuvent nous assourdir. Parfois, nous ne pouvons entendre la vérité sublime tant la demande de notre mental affamé, celle de notre cœur affamé, sont bruyantes.

Toutes les ascèses véritables ont pour but de rendre le cœur et le mental moins affamés. Calmer son mental, calmer son esprit, sont les consignes des guides spirituels.
Tous les enseignements indiquent de faire silence, de calmer le souffle et de se centrer à l’intérieur.
« Citta Vṛtti Nirodha योगश्चित्तवृत्तिनिरोधः » fait allusion aux distractions incessantes et fluctuations du mental et des émotions.
Une grande part du psychisme humain est inconscient, affamé d’amour, d’amour dualiste, de tendresse, de protection, de consolation, de compréhension.

« Inconscient affamé n’a pas d’oreilles »

Il est donc important pour le yogi, de faire taire manas मनस्, le mental, de façon à ce que que ce ne soit pas ce cri de la faim qui assourdisse en vous le langage de la vérité et de la perception de votre âme.

Le jour ou vous devenez capable d’entendre, lorsque la dernière parcelle de vous, consciente et inconsciente est capable d’entendre, alors la rencontre avec votre âme se fait.
La liberté arrive et devient définitive.
Là, la voie du cœur est devenue enfin fiable.

Pour arriver à cela, à sentir votre âme en fermant vos yeux, acceptez de développer chaque jour, votre possibilité d’entendre dans le silence, les demandes de votre cœur, de votre mental, de votre inconscient.

Ah ! voilà une part de moi qui n’avait pas encore entendu !
Ah ! Voilà une part de moi qui a encore faim !

Sur le chemin du travail spirituel, le nettoyage de votre mental et de votre cœur doit être sans relâche.
4

Le chemin de l’éveil est un chemin abrupt, mais l’éveil peut être soudain.
Sans contradiction, comprenez : vous êtes à la fois loin du but, et là, le savoir et les pratiques sont nécessaires mais vous êtes aussi très près, si près de l’éternité, si près de votre âme, dans l’instant présent, dans ce recueillement de l’être.

Là, ici, il vous suffit d’être, juste être, dans les profondeurs de vous-même.
Là, il vous faut faire silence, silence... et plonger...

Écoutez à présent !

Chant mystique du Cachemire de Lalla, poétesse mystique du XIV°s ap JC.

« Je me suis épuisée à la recherche du Soi.
Qui aurait pu avoir accès à la connaissance
silencieusement lovée au creux de mon être intime ?
Je m’y suis coulée, et là, j’ai découvert les coupes
débordantes de nectar auxquelles peu d’êtres portent leurs lèvres. »

Hari om tat sat.
Jaya yogācārya

Bibliographie :
- « Chants mystiques du tantrisme cachemirien » de Lalla aux edts Points
- « Le Vedānta et l’inconscient » d’Arnaud Desjardins aux Edts de la Table ronde
- adaptation et commentaire de Jaya yogācārya

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