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L’aspirant et le discernement

"L’’aspirant et le discernement"
Hamsa ( 1ere partie)

Conférence donnée par Jaya Yogācārya en cours de méditation du vendredi 19 avril 2019

Nous voilà de nouveau réunis après quelques semaines de séparation.
Dans ces moments-là, chacun de nous vaque à ses occupations mondaines et bénéficie dans son interaction avec le monde, des fruits de son travail spirituel.
Chacun d’entre-nous est censé comprendre l’enseignement et l’appliquer avec discernement dans les travaux pratiques de l’existence. Chacun d’entre-nous évolue et devrait en conséquence se positionner avec une plus grande clarté sur l’existence.
Chacun d’entre-nous devrait pouvoir travailler à relativiser, lâcher-prise, éradiquer la colère en lui, le ressentiment, l’envie, la jalousie, la prétention, la convoitise, la souffrance, la pensée erronée, les fausses identifications et mille autres traits de caractère qui nourrissent notre ignorance en étant bien cachés au fond de notre être.

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Rien ne garantit, lorsque vous êtes laissés à vous-mêmes, que le discernement nécessaire à travailler à tout cela soit acquis.
L’ apprentissage de la maturité spirituelle procède par étapes et Vivēka विवेक, le discernement est long à obtenir. Vivēka est illustré par Haṃsa हंस, le cygne blanc, qui sépare l’eau du lait lorsqu’il boit.
Ce symbole illustre cette aptitude d’autant plus difficile à acquérir lorsqu’on est jeune dans la pratique spirituelle.

Le guide spirituel que je suis devrait pouvoir faire confiance davantage à ses élèves ayant trente ans de pratique à ses côtés qu’à ceux qui en ont trois ! Que vous soyez jeunes dans la pratique ou plus aguerris, l’égo nécessite de votre part un travail incessant afin de l’identifier et de le neutraliser.
Avec l’ancienneté, peut venir aussi l’égo spirituel. Les anciens d’entre-vous ne sont pas donc pas à l’abri d’un travail encore plus délicat concernant la faiblesse de Vivēka.

Récemment, une ancienne élève m’a fait la confidence d’avoir hésité à aller faire un énième stage, ce dernier portant sur « la personnalité du zèbre » (thématique très à la mode aujourd’hui) animé par deux psychologues promettant la découverte de votre vraie personnalité. Comme cela est censé parler des personnes à hauts potentiels, il est très attirant de s’y reconnaître. Mais cela parle aussi des personnalités à hauts problèmes.
Je vous fais remarquer d’ailleurs que les techniques avancées de yoga développent les aptitudes supérieures chez les pratiquants et que ceux qui ont su s’établir depuis des années dans ces pratiques sont loin d’être devenus des imbéciles, bien au contraire !

Le yoga rend très intelligent.

Après des années de pratique au travail de la connaissance du SOI par la science très complexe du yoga (où le "Je" personnel est censé avoir été identifié), chercher encore qui l’on est en personnalité de surface et s’en remettre à des énièmes nouveaux guides, voilà une démarche pour la moins surprenante, voire incohérente face à l’enseignement qui vous est donné.

Ayant mesuré la valeur de ses expériences à mes côtés depuis de longues années, l’élève en question choisit finalement de s’abstenir de cette énième démarche.
Elle m’en fit part et je trouvai cela semblable à un éclair de maturité spirituelle.
Comprenez bien ! Si j’estimais qu’un enseignement particulier vous serait utile en plus de l’or que vous recevez ici, je serais la première à vous le conseiller.
Bien souvent, vous préférez expérimenter sans m’en informer.
Vous pensez être des gens libres alors que vous êtes encore des consommateurs enchainés.
Vous n’êtes pas dans la confiance, ni vis-à-vis de moi, ni vis-à-vis de vous-mêmes.
Parfois vous avez des moments de clarté et commencez à vous comporter en personnes sages et responsables, parfois, vous vous comportez encore en jeunes écervelés.

Vous voulez toujours plus sans avoir digéré ce qui vous a été donné.

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Loin de moi le désir de vous asservir à ma seule cause, mais mon expérience s’appuyant sur la constance, l’effort et la maîtrise de cette science yoguique, j’en connais l’efficacité, la beauté et sa faculté de transcendance.

Je sais de quoi je vous parle.

Imaginez un maître de violon enseignant pendant des années à ses élèves avancés, les subtilités de son art : la tessiture subtile du son, le toucher délicat de la corde, la patine de l’instrument, la gestion posturale du jeu du violoniste, la complexité d’une œuvre d’un Prokofiev, l’intelligence musicale, la mémoire nécessaire, le développement de la virtuosité, etc.
Imaginez cet amoureux du violon voir ses mêmes élèves bifurquer sur la percussion urbaine sur bidon !

Oui, là est la liberté des élèves ! Sans conteste ! Chacun son chemin !
Oui là est aussi l’étonnement et la déception du professeur devant le manque de discernement fait entre un violon et un bidon.
Les outils ne sont sont pas les mêmes. Les degrés d’expression non plus.

Ce n’est pas parce qu’ aujourd’hui, beaucoup de choses sont possibles, que vous devez les essayer toutes.
Votre temps de vie est précieux. Ne le gaspillez pas.

Je vous enseigne le yoga avec les mêmes exigences, le même amour pour son art et la même passion que ce maître de violon, afin de faire de vous des êtres nobles et subtils.
Je n’attends pas de vous et plus particulièrement de mes avancés des comportements immatures et irrespectueux.
J’attends que vous vous comportiez au niveau d’expression de l’enseignement sans quoi je ne suis pas un bon guide.
Vos comportements parfois très discrets de rejets, d’exacerbation envers autrui, d’absence de cœur, d’intolérance, de dissimulation sont l’échec de votre progression.

Je vais faire une parabole sur le processus créateur voire artistique pour illustrer cela.
Souvenez-vous, pour ceux qui pratiquent à mes côtés en Kriyā क्रिया yoga.
Dans l’iconographie tantrique, kākiṇī काकिणी est la Śakti शक्ति qui préside à Anāhata अनाहत, le cakra du cœur.
Elle est l’énergie, la déesse qui préside aux "arts nobles et éternels" créés par l’énergie subtile de la vibration cosmique du cœur.
Cette vibration cosmique est symbolisée par l ‘Oṃkāra ओंकार, le principe qui réunit le souffle, le son subtil et le ressenti.

Rākinī राकिनी par contre est la Śakti qui préside à Svādhiṣṭhāna Cakra स्वाधिष्ठान चक्र dans le Cakra sexuel. Outre le fait qu’elle symbolise le rythme sexuel, la mort par l’amour romantique, elle préside aux "arts sensuels et éphémères" conçus par les vibrations de l’énergie sensuelle et sexuelle.

Aujourd’hui, le monde est friand de ces modes d’expressions qui imprègnent bon nombre de comportements. Une large gamme d’expressions artistiques répond aux besoins de violence, de sexe, de fiction, d’argent, de pouvoir où chacun peut s’identifier facilement.

Bien sûr, nous avons aujourd’hui, dans le registre des soi-disant "arts nobles", l’avènement des arts conceptuels, technologiques, virtuels, où les plans de l’intellect et de la "cérébralisation" interviennent dans le processus de création (musique, peinture, cinéma).
Nous fonctionnons donc de plus en plus apparemment avec les cakra du haut. En fait, ces activations ne dépassent pas bien souvent le premier stade de l’Ajña अज्ञ cakra, à savoir sa dimension intellectuelle.
Il y a parfois transcendance dans certaines propositions artistiques, mais elles sont rares (littérature, poésie, architecture, danse, etc.).

Jacques Attali ne pense t-il pas d’ailleurs que les arts contemporains sont dans l’impasse et que notre société ne devra son salut qu’à l’avènement d’un nouvel art qui se devra d’être humaniste ?

Aujourd’hui et ce depuis quelques décennies, nous avons surtout dans le domaine de ces arts dit nobles, particulièrement en peinture, ( voire en littérature ), des artistes dépossédés de leurs œuvres par les magnats du marché de l’art et de ses diktats.
Par contre les artistes qui s’en sortent bien sont en fait des vrais business man.
Le « Rabbit » en inox de 1986 de Jeff Koons qui vaut aujourd’hui 99 millions de dollars résume mon propos.

Revenons à vous !
Pour ceux qui sont jeunes dans la pratique, appréhender les situations de l’existence avec une approche spirituelle ne revient pas à mettre en avant le peu de connaissance ou le peu de maitrise spirituelle que vous ayez et voir si cela marche avec ou sur autrui.

« La connaissance, la culture, c’est comme la confiture, moins on a, plus on l’étale » nous dit le proverbe populaire.

Ainsi, nous voyons de plus en plus d’aspirants ayant peu de pratique, prétendre être aptes à enseigner les pratiques spirituelles ou soigner par le prāṇa प्राण.

La société d’aujourd’hui entretient ce style de démarche par les nombreuses possibilités d’accès à des connaissances spirituelles grand public.
Pour ma part, je ne veux pas faire de vous des enseignants de yoga ou des soigneurs comme on en trouve au quatre coins des rues. Je veux faire de vous des êtres ayant un haut degré de développement spirituel.
Je préfère avoir trois intelligents devant moi que trois mille imbéciles.

Je vais vous conter une histoire zen.

"Un moine zen réputé expert en méditation enseignait l’art de la purification du mental.
Parmi les nombreux visiteurs qui venaient pratiquer se trouvait un professeur réputé de l’université impériale de Tokyo. Le professeur alla rendre visite au moine qui selon la coutume, lui offrit du thé vert.
Il posa une tasse devant le visiteur érudit et la remplit jusqu’à ras bord.
Puis il continua à verser du thé et la tasse déborda. Voyant le thé se répandre sur la table et le sol, le professeur étonné demanda une explication.
Le moine répondit ;
« Je peux remplir ce qui est vide, mais pas ce qui est déjà plein.
Vous êtes venu à moi le mental rempli des notions de mien, de tien, d’ambitions et de désirs.
Si vous rechercher mon enseignement, videz votre mental, oubliez tout ce que vous avez appris, débarrassez-vous de tout de qui est nocif et inutile. Alors je pourrai vous instruire. »

Dans l’activation des plans supérieurs, à commencer par celle de l’Ajña अज्ञ cakra, je vous parle en Kriyā du Mahā Manas महा मनस्, le grand mental.
Rappelez-vous, pour transcender Manas, le mental, il vous faut réaliser quelques points importants :
- une Sādhana साधन, à savoir une pratique régulière.
- la nécessité de changer mentalement et grandir spirituellement.
- la nécessité d’acquérir les concepts fondamentaux métaphysiques du yoga.
- l’acquisition d’une éducation spirituelle pour soi-même et pour les autres.
Elle passe par la reconnaissance d’un guide, le respect et l’amour pour lui et son enseignement. Respectez vos guides et aimez-les comme ils vous aiment, et comme vous devriez le faire envers vos parents.
- changer intérieurement et utiliser l’existence comme des travaux pratiques.
- accepter la remise en question intellectuelle du savoir et ne pas percevoir la connaissance comme une graduation par sauts logiques mais par prises de conscience obtenues par la transcendance des concepts, à commencer par eux, afin de permettre la vraie transcendance pratique.

Vous asseoir tous les jours et méditer, sans vous observer le reste de la journée et ne pas changer votre interaction avec autrui, ne sert à rien.
Vous ne pouvez entretenir éternellement vos erreurs de jugement par la simple prise de conscience et vos demandes d’excuse.

Diminuez simplement les erreurs !

De nos jours, de plus en plus de personnes plus ou moins jeunes, prétendant déjà tout connaître et avoir tout vu sur le yoga ou les soins se présentent à nos portes.
Certains même, comme au cinéma, formulent de façon directive et à haute voix, le désir de l’initiation moyennant une somme conséquente, afin qu’ils puissent rapidement faire la même chose que nous !

Nous, guides spirituels, devons faire face à cela.
Imaginez notre envie de les mettre sur orbite via Pluton ou Neptune.
Et la compassion, me direz-vous ?
Nous avons tant donné à ceux qui ont passé notre porte depuis tant d’années !

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Pensez-vous que ces prétendants sans expérience qui passent notre porte dans le paradoxe de vouloir être initiés alors qu’ils savent déjà tout, supputent un seul instant qu’ils ont devant eux des guides spirituels ayant plus de quarante ans de pratique ?

C’est qu’il nous en a fallu de la patience, du travail, un dur labeur, de l’abnégation, de la pénibilité, pour qu’après tant d’années de pratique, nous puissions avoir une maitrise intérieure, un savoir pratique.
Cela, non pas parce que nous étions lentes à l’apprentissage. Māheśvarī et moi-même avons fait des études supérieures en plus de la science du yoga et de l’ayurveda.
Mais parce que, seuls, le temps et la maturité donnent la vraie dimension de l’existence et de la connaissance spirituelle.
Le cheminement intérieur est celui qui nous mène vers une réalité toujours plus grande, vers la perception d’une réalité absolue et transcendante.

Héraclite ( philosophe grec 500 av JC) disait ;
« Les hommes qui dorment encore vivent chacun dans un monde différent, ceux qui sont éveillés vivent tous dans le même monde ».
Il en est ainsi pour la pratique spirituelle.
Beaucoup d’aspirants ne vivent pas dans la quête de la connaissance de la réalité immuable, dans la quête de la compréhension de cet absolu qui sous-tend nos existences. Beaucoup d’entre-eux vivent encore dans les préoccupations de la relativité du monde, dans leurs préoccupations mondaines !
Vous pratiquants, mêmes avancés, vivez encore dans votre propre monde et votre jugement en est encore souvent affecté !

Hari om tat sat
Jaya Yogācārya

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Bibliographie :
- Réflexions par Jaya Yogācārya

©Centre Jaya de Yoga Vedanta Ile de la Réunion

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