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"Neutralité"

Conférence donnée par Jaya Yogācārya en cours de méditation du vendredi 31 mai 2019

Dans le travail spirituel de longue haleine que nous suivons, les périodes de doute et de remise à niveau peuvent succéder de façon récurrente aux périodes d’avancées.

Notre champ de bataille étant entre autres celui du mental, ses pièges sont nombreux et souvent réactivés.
Le travail spirituel nécessite qu’il soit opiniâtre, constant et minutieux car la machinerie mentale de l’antaḥkaraṇa अंतःकरण est complexe.
L’antaḥkaraṇa, dans la théorie des 3 śarīra शरीर, des 5 kośa कोष et des 25 Upadī उपदी est composé de citta चित्त, l’inconscient, de Manas मनस्, le mental psychique conscient, de Buddhi बुद्धि, l’intellect et de l’Ahaṃkāra अहंकार, l’ego. voir « Les 3 corps »

Dans le travail de purification de l’inconscient, citta Śuddhi चित्त शुद्धि, qui vise à diminuer la souffrance et l’ignorance en nous, il y a la neutralisation des Saṃskāra संस्कार.
Les Saṃskāra sont les impressions latentes qui remontent à la surface, parfois quand on ne les attend pas, et qui peuvent être sources de souffrance. Il est important de croire dès le départ que nous pouvons rendre neutre ce qui nous semble impossible à l’être.

Suivre le chemin spirituel en pensant que ce qui a été douloureux dans votre vie le demeure toujours et le sera à jamais, c’est douter de l’efficacité de ce chemin.

Souvent, nous ramenons à la conscience une situation ancienne et encore vivace dans notre inconscient et la considérons comme une réalité actuelle.
Revenons dans votre enfance, par exemple.
Vous pouvez retrouvez des impressions, des tensions du corps, des peurs, des angoisses, des visions associées à un reproche, une colère froide ou terrible de votre père ou de votre mère.
Tout votre être a été concerné et n’est pas encore neutre aujourd’hui face à ces impressions.
De cette colère passée de votre mère envers vous, vous ré-entendez les mots, revoyez les gestes qui sont inscrits au fond de vous et qui ont crée des perturbations nerveuses, endocriniennes, circulatoires, émotionnelles qui vous ont affecté à ce moment là.

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La colère insoutenable de votre mère pour l’enfant ou l’adolescent que vous étiez, son expression terrible, ses mots, sont, pour vos yeux et vos oreilles, restés au fond de votre citta.

Qu’a fait alors et que fait toujours votre mental ?

Il vous a persuadé que vous avez une fois pour toute, défini cet évènement d’insoutenable. Il vous persuade encore aujourd’hui que vous voulez bien souffrir en le revivant, et surtout, que vous n’admettrez jamais qu’il soit neutre un jour en vous.

Alors convaincu que la souffrance sera toujours la souffrance, les moindres évènements pouvant vous rappeler cela, vous affectent et vous oppressent. En vous autorisant inconsciemment à laisser s’exprimer cette souffrance, cela finalement vous soulage un peu. Mais ce processus est sans fin, c’est comme écoper une barque percée.
Vous pouvez le faire indéfiniment, voire jusqu’à la mort.

Si vous êtes un jeune enfant qui voit pour la première fois une scène d’horreur dans un film, cela va vous être insoutenable. Si vous la revoyez pendant dix ans, des quelques émotions qu’elle suscitera encore, vous finirez, en devenant adulte, à la regarder sans émotion.
La scène est devenue neutre.

La dernière fois, nous parlions de la double vigilance et du travail qui consiste à passer du Deux à Un. Nous sommes là encore au cœur de cette même problématique.

Le réglage intérieur qui doit être fait ici est d’accepter de ne plus souffrir et de ne plus s’attacher à ce qui a pu vous déterminer, vous définir.

Quand vous revoyez cette vision insoutenable de votre mère fermée ou en colère qui remonte de votre inconscient, apprenez à voir cette scène de façon neutre.
Beaucoup de causes et de justifications anciennes ont fait que cet être, votre propre mère, ait pu s’exprimer envers vous ce jour là.
- Soit, vous restez victime tout le reste de votre vie et alimentez ce Saṃskāra par le soulagement à souffrir un peu à chaque fois qu’il se réanime car vous y êtes attaché ;

- Soit vous le vivez avec le regard neutre du sage.

Si ce souvenir devient neutre, il vous laissera désormais neutre.
La compréhension et la compassion viennent lorsque les émotions s’estompent.
Vous êtes devenu adulte, pleinement adulte, dans la noble acceptation de ce terme.
Et là, vous pouvez comprendre que votre mère n’a peut être pas eu la possibilité de devenir adulte en étant restée dans son monde de jugements, de peurs et de compensations à ses peurs.
C’est ce réglage intérieur qui vous permettra d’opérer un changement réel de votre souffrance.
Vous grandissez spirituellement avec ce regard de compassion.
Il reste cependant délicat et ne dédouane pas pour autant la violence.

Bien sûr, l’intensité et la persévérance pour désamorcer certaines souffrances dépendra de l’intensité des Saṃskāra et de la profondeur de leurs racines.
La compréhension de ce mécanisme ainsi que la réelle détermination seront d’autant plus nécessairement intenses si la souffrance est grande.

Parfois, certains souvenirs ou impressions qui remontent à la surface semblent être tragiques et peuvent ne pas correspondre à des souvenirs d’enfance (phobies, peurs insoutenables, tendances, etc.). Ils peuvent se manifester à la conscience par des aspects intellectuels, émotionnels ou physiques.

Les sages vous diront qu’ils viennent d’une autre existence.
Sans s’inquiéter ici de savoir comment ils sont là, il est important de constater qu’ils sont bien là et qu’ils ne sont pas neutres pour vous.
Ces Saṃskāra font partie de ce passé qui souvent empêchent de vivre dans l’instant présent en nous maintenant dans Manas , le mental et l’Ahaṃkāra, l’égo.

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Ainsi les maîtres nous invitent à deux grands principes.
Rendre le passé neutre et voir le présent de façon neutre.

Quand une situation actuelle semble arriver avec son air menaçant que vous lui connaissez où tout en vous va reconnaître cette souffrance, l’idée que la souffrance ne pourrait pas être là vous est finalement et inconsciemment insupportable.
« Mais si vous avez pu rendre neutres les souffrances passées de l’enfant, il n’y a pas de raison que vous ne rendiez pas neutres les souffrances inacceptables de l’adulte » disait Swami Prajnânpad à Arnaud Desjardins.

Je vois cela souvent dans le stage de Kriyā yoga débutant क्रिया, voire dans les niveaux plus avancés, lorsque je demande aux aspirants un effort d’apprentissage, d’appropriation du savoir et de mémorisation.
Dès les premiers cours ou bien plus tard, certains ont des difficultés de positionnement par rapport à des traumatismes scolaires, des mises en échec, des peurs de l’enseignant ou d’une autorité quelconque.

Vous êtes libre de vivre votre vie à travers votre ego et votre mental, vos opinions, mais ils sont sources de nourriture à vos souffrances.
Il vous faut comprendre comment vous ne cessez de projeter toutes vos peurs passées dans le présent et l’avenir.
Il vous faut observer et reconnaître cette persistance actuelle des souffrances anciennes.

Comment ressentez-vous telle émotion ?
Quel barrage mettez-vous entre la surface et la profondeur de votre être ?
Si vous observez et neutralisez vos souvenirs et vos impressions, la circulation se fait plus libre entre la surface et la profondeur.

La neutralité de votre regard intérieur réunifie l’inconscient et le conscient.
Ils ne font plus qu’un.
Vous êtes passés du Deux au UN.

L’émotion douloureuse d’un Saṃskāra pourra être vécue encore quelquefois avec ses réactions physiques, mais si le souvenir difficile est vu en face une fois, deux, dix fois, parce que vous avez décidé de le regarder en face, alors ce qui était douloureux va devenir neutre.
Vous avez appris à le voir de façon sereine, sans émotion, avec compréhension.

Ce qui était douloureux pour l’enfant que vous étiez, c’est ce qu’il a qualifié ainsi.
Vous pouvez alors revoir cette scène longtemps refusée en vous et si souvent rejouée par vous malgré tout et la voir comme neutre désormais.

Vous avez fait UN avec la souffrance et la souffrance s’est révélée soutenable.

Au cœur d’un acte tragique, la conscience absolue est neutre.
Pour vous, Il y a l’événement et un degré de conscience subjective.
Pour l’absolu, tout est neutre.
Il vous faut donc essayer ne plus qualifier les événements que tout le monde qualifie spontanément avec le Je personnel et subjectif.
Soyez dans la conscience absolue.
Si vous avez revécu et rendu neutre l’idée même de la souffrance, la souffrance ne vous fera plus souffrir.
Si vous avez revécu et rendu neutre une souffrance physique ou même le fait de mourir, l’idée même de la maladie ou de la mort ne vous feront plus peur.

C’est de cela entre autres, dont parle Adrien dans son forum à ma dernière conférence.
Lien voir « Le réglage intérieur »

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Les années passent vite, vous pratiquez régulièrement, assidument, mais avez-vous changé intérieurement ?
Oui probablement, mais pas encore assez !
La souffrance a encore la main sur vous.
M’écouter en conférence, faire de jolies postures, se concentrer intensément développe certes votre vigilance, vos aptitudes et vous élève.
La pratique du yoga peut soutenir et accélérer le développement humain de façon insoupçonnée.
Mais où en sont vos peurs ?
Celle de la mort, celle de l’amour ! Celle du Divin !
Où en sont vos désirs, où en sont vos émotions incontrôlées, vos réactions violentes, vos stratégies mentales ?
Tombez-vous encore dans les pièges de l’ego, de ses justifications et de ses identifications ?
Dans le processus de la chrysalide, la chenille ne devient pas un ersatz de papillon. Elle doit devenir un beau papillon avec la faculté de s’envoler et de devenir libre. C’est un processus complet qui demande une transformation totale de son être et donc un engagement total.
La neutralisation de vos souffrances relève de ce même engagement total.
Ayez donc le courage d’opérer.

Hari Om Tat sat
Jaya Yogācārya

Bibliographie :
- « Propos sur la liberté » de Swāmi Satyānanda Sarasvatī aux edts Satyanandanashram
- « La voie du cœur » d’Arnaud Desjardins aux edts de la Table ronde
- Adaptation et commentaire de Jaya Yogācārya

©Centre Jaya de Yoga Vedanta La Réunion

Messages

  • Merci pour cette conférence ..
    Le mot NEUTRALITE fait écho au mot EQUANIMITE ...

    J’ai suivi une retraite de 10 jours Vipassana de Goenka , dans cette recherche de silence et de vision intérieure nous essayons de rester équanime à ce qui remonte ...
    Cette conférence va me nourrir encore et encore
    Merci

  • Ancienne élève rentrée en métropole, vos enseignements me manquent beaucoup. Mais ce que j’ai reçu est toujours là, m’aide énormément, et fait que vos mots résonnent d’autant plus. Avec toute ma gratitude, bien à vous, Adeline.

    • Chère amie spirituelle,
      je me souviens de la délicatesse de votre pratique et de votre discrétion malgré les épreuves de la vie.
      Recevez tout mon soutien spirituel et ma proximité éternelle.
      Puisse votre chemin de vie s’alléger et que votre luminosité ne vous éloigne jamais de la quête de l’élévation.
      Vous avez l’aptitude à le faire.
      Bien à vous,
      Jaya yogacharya

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