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"Transmutation et point d’équilibre"

Conférence donnée par Jaya Yogācārya le vendredi 27 sept 2019 en cours de méditation.

Dans la dernière conférence, nous avons abordé le thème de la Kuṇḍalinī कुण्डलिनी par la symbolique du danseur cosmique Naṭarāja नटराज. voir « Spanda स्पन्द ».
De l’analyse simple et descriptive de son iconographie, nous sommes passés à des concepts métaphysiques plus délicats afin d’expliquer plusieurs aspects de cette énergie avec laquelle il est in-dissocié lors de sa danse extatique.
Nous avons vu que Naṭarāja, Śivā शिवा lui-même, représentant la conscience absolue, dans son double rôle de créateur et de destructeur se maintient impassible dans un axe inébranlable tout en tourbillonnant, générant ainsi grâce à l’énergie fondamentale, la Śakti शक्ति indivisible de lui, les mouvements fondamentaux de l’univers.

Uni à sa Śakti, il devient le feu à la fois capable de générer le monde ou le détruire et recouvre le double état, illumination et désintégration, révélation et occultation.

Nous avons de même posé l’énigme de cette énergie considérée comme illimitée et cosmique se retrouvant dans un état rétracté et dormante dans le corps humain.
Les yogis affirment que cela se fait par le processus d’occultation progressive lors de la manifestation. Cette énergie descend d’un état « spatialisé » et omniscient vers un état lové et souterrain, la faisant siéger dans le tréfonds de l’homme, tant dans son corps physique que dans ses dimensions psychiques inconscientes et obscures.

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Autrement dit, celle qui siège au bas de la colonne vertébrale à l’état endormi symbolisée par un serpent femelle lovée trois fois et demie sur elle-même et celle qui s’unit au danseur cosmique, propageant aux confins de l’univers par ses vibrations la conscience de la manifestation, ne font qu’une.

Source illimitée et infinie de tous les pouvoirs, elle est la promesse pour l’être humain enchâssé dans sa temporalité, la possibilité de transcendance de son état viscéral à la conscience limitée vers un état extatique et libéré.

C’est pour cela qu’elle représente la voie majeure des chercheurs spirituels qui ont choisi le travail du yoga. Ils cherchent à la faire remonter vers son état initial.
Parce qu’elle est avant tout une énergie feu, on associe souvent cette expérience transcendantale à une expérience d’activation électrique intense et pulvérisante.

Certes, son activation est lumineuse comme l’éclair.
Cependant, les sages vous invitent à comprendre que ce n’est pas l’explosion du big-bang qui intéresse le yogi, mais l’état immobile supra-conscient associé au frémissement initial potentiel avant le big bang. C’est le spanda, la vibration initiale, l’état initial, l’objet de la quête.
Atteindre le spanda revient à atteindre l’efficience de l’absolu, à savoir le désir de se manifester ou non.
Voilà la différence entre le Samādhi समाधि dont on revient et le Mahā Samādhi महा समाधि dont on ne revient pas.
Dans l’explosion du manifesté, lors du Samādhi, il faudra certes redescendre avec des nouveaux pouvoirs, mais redescendre dans les affres de la manifestation « égotique ».
Bien sûr le yogi entraîné deviendra bien moins sujet à l’illusion du monde.
L’état absolu non manifesté mais potentiel où l’équilibre est réalisé entre la conscience élargie indifférenciée et l’énergie initiale est en fait le but de la vraie transcendance.

La montée de la Kuṇḍalinī, après avoir été éveillée avec parcimonie dans la moelle épinière, consiste dans la réintégration progressive des différentes niveaux qui se résorbent les uns aux autres.
A chaque étape, une par cakra चक्र, tout se réduit en leur Bindu बिन्दु, à savoir leur centre, point ultime de transcendance des plans physiques, énergétiques et mentaux de leur niveau respectif. C’est de là qu’irradient des dimensions du réel toujours plus grandes à mesure que la Kuṇḍalinī s’élève à travers l’axe central de la colonne vertébrale, la Suṣumṇā nāḍi सुषुम्णा नाडि.

Le travail du yoga permet d’unifier, mais avant que le pratiquant puisse unir son âme individuelle avec l’univers, il doit se réunifier lui-même dans ses propres plans. Cela signifie que l’éveil de l’énergie primordiale en lui permet aux rythmes éparpillés, physiques et mentaux de sa nature asservie à la vie mondaine (Paśū पशू ) et aux illusions, de redonner à chacun de ces rythmes la puissance et la clarté de leurs actions.

A chaque cakra correspond un plan de conscience spécifique et les rythmes physiques et mentaux associés.
L’efficience de la conscience via l’énergie est Vīrya वीर्य, cette puissance à agir.

Elle peut révéler ou non. Elle peut résorber ou manifester. Elle peut s’élever ou redescendre. Trouver le point de contact entre ces deux extrêmes, s’y tenir fermement tout en percevant les pulsations potentielles et subtiles est le travail du yogi.
Passer du deux au Un, ou se maintenir dans l’Un en ayant la conscience du
déploiement du deux ou du multiple, doit se faire aussi bien dans les plans mentaux qu’énergétiques.

Ma conférence « Le réglage intérieur », illustre bien ce travail dans les plans mentaux que vous êtes censé avoir entrepris.
Il vous faut le faire aussi dans les plans physiques et énergétiques.
Ce point d’équilibre peut soit nous élever vers les plans subtils soit nous rétracter dans l‘action manifestée grossière.
Le point d’équilibre le plus parlant est celui que nous maintenons à notre insu bien souvent entre la vie et la mort.
Ce point d’équilibre peut nous maintenir dans un état très subtil entre la résorption silencieuse et consciente et le bruit de la manifestation.
C’est ce à quoi nous travaillons en pratique méditative Dhyāna ध्यान.

Vīrya, qui tire sa capacité d’agir de la vibration de l’énergie, se trouve bien souvent à la jonction du pur et de l’impur, comme à la jonction de l’excitation et de la détente.
Cette position d’équilibre permanente se révèle aussi dans le travail délicat du prāṇāyāma प्राणायाम, où les souffles inspirés et expirés jouent ensemble.

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Le point d’équilibre permet d’unifier les opposés.

Quelles que soient les pratiques, le yogi se trouve toujours face à la même et seule vibration. Spanda स्पन्द est cette vibration primordiale qui pénètre tout ce qui est manifesté, de notre corps aux étoiles. Elle est celle qui anime la mystique la plus élevée ou les pulsions humaines les plus ordinaires.
Elle est ce qui est unifié dès le départ.

Dans le processus de la vie, à bien des niveaux, tout équilibre obtenu entre deux mouvements opposés aux rythmes particuliers harmonise leurs énergies correspondantes pour devenir une seule et même énergie vibrante.
C’est le principe de l’amour, de la fusion, de la création.

Par exemple, au niveau du langage sacré et du son associé au souffle, en sanskrit, nous avons deux voyelles spécifiques, l’anusvāra अनुस्वार aṃ (अं) et le Visarga विसर्ग aḥ ( अः).
Visarga signifie "ce qui s’estompe, ce qui s’écoule". Nous le retrouvons dans l’expression « Bindu Visarga  » ( la chute de l’amṛtā अमृता ). Les deux points du phonème sacré अः expriment un mouvement de séparation, une dualité vers la manifestation associée d’ailleurs à l’expir, (qui pourrait être aussi une résorption).
Dans l’anusvāra, le bindu, le seul point du phonème aṃ (अं) représente le
point unique d’où émanent et où se résorbent la dualité ou le multiple. Il est ici un point de transcendance associé à l’inspir.
Le point d’équilibre existe à l’intérieur du phonème lui-même aussi bien qu’ entre les deux phonèmes prononcés.

Travailler à l’éveil de la Kuṇḍalinī par les pratiques yoguiques revient à harmoniser les énergies multiples afin qu’elles retrouvent leur nature primordiale et unifiée en nous.
Ce passage du deux au Un, de la dualité à l’unité se réalise par la montée croissante du feu de l’énergie primordiale réveillée dans la moelle épinière.

Lors de sa montée, le yogi ne doit pas oublier de maintenir la continuité de cette ascension en restant vigilant et centré dans le point d’équilibre de chaque stade par où elle va passer. En effet, en montant, elle augmente en puissance tout en maintenant son processus d’émission et de résorption. C’est ainsi qu’elle transcende à chaque stade la dualité pour s’unifier un peu plus, électriquement, physiquement, et consciemment.
C’est un travail dangereux et délicat qui ne peut être entrepris sans préparation ni « guidance » du fait qu’à chaque instant il peut y avoir rupture, échec, désintégration par un feu devenu incontrôlé.
Mais si l’ascension est maitrisée, Kuṇḍalinī rejoint le spanda, entrainant le yogi dans sa transcendance.

Les anciens symbolisèrent cette énergie primordiale par le serpent femelle lovée sur elle-même, serpent parce que symbole de la transmutation et femelle parce qu’énergie.

Mais comme tout serpent, son poison la rend redoutable.
Endormie, elle représente nos principes inconscients et obscurs, à la fois emprisonnés et toxiques.
La transmutation de ces énergies toxiques par l’éveil nécessite le processus de purification du corps et de l’esprit.
Éveillées et contrôlées, ces énergies souterraines, voire animales incontrôlables deviennent divines et effectives. Lorsque Kuṇḍalinī se redresse, passant par ce long chemin d’un corps et d’un mental purifiés, aptes à lui faire face, elle perd de sa puissance toxique pour révéler son inestimable valeur.
Son poison s’est transmuté en nectar et devient omnipénétrant dans le corps du yogi qui peut alors garder en réserve ce qui a été transmuté.
Il peut le répandre en puisant dans cette ambroisie qui n’augmentera ni ne diminuera plus jamais en lui.

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Hari Om tat Sat
Jaya Yogācārya

Bibliographie :
- « Kuṇḍalinī, le yoga du Feu » de M.Coquet aux etds Alphée-J.P Bertrand
- « La Kuṇḍalinī » par Lilian Silburn aux edts Les deux Océans
- « La Puissance du Serpent » d’Arthur Avalon
- adaptation et commentaire de Jaya Yogācārya

Messages

  • Rondeur des jours
    « Les jours commencent et finissent dans une heure trouble de la nuit. Ils n’ont pas la forme longue, cette forme des choses qui vont vers des buts : la flèche, la route, la course de l’homme. Ils ont la forme ronde, cette forme des choses éternelles et statiques : le soleil, le monde, Dieu. La civilisation a voulu nous persuader que nous allons vers quelque chose, un but lointain. Nous avons oublié que notre seul but, c’est vivre et que vivre nous le faisons chaque jour et tous les jours et qu’à toutes les heures de la journée nous atteignons notre but véritable si nous vivons. Tous les gens civilisés se représentent le jour comme commençant à l’aube ou un peu après, ou longtemps après, enfin à une heure fixée par le début de leur travail ; qu’il s’allonge à travers leur travail, pendant ce qu’ils appellent "toute la journée" ; puis qu’il finit quand ils ferment les paupières. Ce sont ceux-là qui disent : les jours sont longs.
    Non, les jours sont ronds.
    Nous allons vers rien, justement parce que nous allons vers tout. Et tout est atteint du moment que nous allons avec tout nos sens prêts à sentir. Les jours sont des fruits et notre rôle et de les manger, de les goûter doucement, voracement selon notre nature propre, de profiter de tout ce qu’ils contiennent, d’en faire notre chaire spirituelle et notre âme, de vivre. Vivre n’a pas d’autre sens que ça. »
    Jean Giono.

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