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" L’ignée "

Conférence donnée par Jaya Yogācārya en cours de méditation le 18 octobre 2019

Nous voilà réunis afin de poursuivre ensemble, l’apprentissage d’un savoir nécessaire à nos pratiques yoguiques.
J’ai, lors des deux dernières conférences, redéfini d’un point de vue métaphysique, tout d’abord la notion de Spanda स्पन्द, la vibration initiale vers laquelle la Kuṇḍalinī कुण्डलिनी désire retourner lors de son ascension dans la moelle épinière. J’ai ensuite abordé le processus de maintien des points d’équilibre que le yogi doit réaliser lors de cette montée. Il doit savoir passer « du Deux au Un » dans tous les plans, psychologique, intellect, physique aussi bien qu’énergétique lors de la transcendance.
Voir conférence « le réglage intérieur ».
Nous allons revenir sur des points assez simples que vous êtes censés bien connaître et pourtant, c’est en y revenant, que de nouveaux éclairages se font.

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La notion de Cakra चक्र en terme de centres énergétiques représentés dans l’iconographie tantrique par des péricarpes entourés d’un certain nombre de pétales de lotus est apparue tardivement avec des textes sur le Haṭhayoga हठयोग, les tantra तन्त्र et les Upaniṣad उपनिषद्. Ils sont cependant connus des yogis avant cela.
Nous parlons souvent de péricarpe pour illustrer leur centre circulaire autour duquel les pétales vont se déployer. C’est une analogie au péricarpe des fruits ou graines qui désigne la partie extérieure de ces derniers qui enveloppe leur contenu.
En effet, dans sa représentation iconographique, le cakra va accueillir dans son péricarpe, attributs, phonèmes, symboles, animaux, déités et Śakti शक्ति afin de souligner les sens métaphysiques, psychologiques ou énergétiques du cakra en question.

Toujours dans leur représentation classique iconographique, le nombre des pétales de chaque cakra varie en fonction des phonèmes sacrés de l’alphabet sanskrit, à savoir cinquante phonèmes allant de Mūlādhāra मूलाधार à Ājñā आज्ञा et mille pour Sahasrāra सहस्रार. Mille représentant la notion d’infinitude mais aussi étant le résultat de 20 fois 50, soit 20 rangées des 50 premiers phonèmes déjà cités.
Cette illustration par les phonèmes prépare la montée de l’énergie selon un mouvement précis qui retourne à sa source émettrice. L’éveil de cette énergie sera entre-autre associée à la transcendance du son, le Nāda नाद , par le Māha nāda महा, le son primordial et divin.
Ces cakra sont souvent désignés par des lotus, Padma पद्म, faisant référence à la purification par la pratique spirituelle mais aussi aux trois étapes illustrant les trois états de conscience du pratiquant. Ces derniers partent des plans inconscients, passent ensuite par l’aspiration à la connaissance nécessitant des efforts pour l’atteindre, pour arriver enfin au troisième plan de la réalisation par l’éveil.
Ces représentations imagées servent de base à l’enseignement symbolique, lui-même interface entre les pratiques et les grands concepts métaphysiques.
Elles ont donc une fonction didactique.

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Pour les anciens, les contemplatifs, les Ṛṣi ऋषि, les Sivaïtes du Cachemire, les Tāntrika तान्त्रिक du Bengale, etc., les cakra sont avant tout des centres vibratoires connus d’eux-seuls par leur expérience directe. Au départ, ce sont des irisations colorées avec des longueurs d’ondes différentes que le yogi expérimente dans ces centres. Ce n’est qu’au fil du temps que ces irisations deviennent des rayons pour devenir des pétales.
Le mot Cakra signifiant roue, ce sont bien des tournoiements, des roues tournoyantes que le pratiquant trouvera au niveau des centres situés sur la moelle épinière, l’axe central.
Par l’interaction des souffles, du Prāṇa प्राण, de la conscience et des pratiques d’éveil du yoga, ces centres tournoient dans une interactivité entre les pans individuels et cosmiques afin de libérer les énergies subtiles et divines dans tous les plans, du corps à l’esprit.

Selon les écoles et les Tāntrika तान्त्रिक, on compte sept ou cinq cakra qui vont du périnée au sommet du crâne, ce dernier considéré comme étant la porte de Brahman ब्रह्मन्, la porte de l’expérience absolue, le Brahmarandhra ब्रह्मरन्ध्र.

Si l’on en compte que cinq, spécialement chez les Trika, tantriques du Cachemire, on ne tiendra pas compte de Svādhiṣṭhāna cakra स्वाधिष्ठान, Mūlādhāra assumant aussi les fonctions de ce dernier. C’est bien pour cela que le Rudra Granthi रुद्र ग्रन्थि, le nœud de « la peur de la mort » mais aussi des justifications sexuelles et sensuelles se trouvent dans Mūlādhāra et non dans Svādhiṣṭhāna cakra.
L’autre cakra non considéré dans l’optique des cinq cakra est Sahasrāra सहस्रार car étant au-delà de la carnation, il se situe sur le plan de la transcendance ou de l’abstraction métaphysique.
La version des sept cakra reste cependant la plus traditionnelle.
Les yogis considèrent qu’entre chaque centre existe un intervalle de trois largeurs de main ou de point superposées.

Les cakra sont reliés par les trajets énergétiques, les Nāḍi नाडि, estimés à 300000 dans les textes anciens et à 72000 dans la Haṭhayogapradīpikā हठयोगप्रदीपिका. Trois Nāḍi sont les plus importants, Iḍā इडा, Piṅgalā पिङ्गला et Suṣumṇā सुषुम्णा. Ce dernier est aussi appelé Madhyanāḍī मध्यनाडी parce que correspondant à la moelle épinière, à l’axe central, l’axe du milieu qu’est la colonne vertébrale.
Ce dernier Nāḍi est la voie divine. Voir conférence « Le fil de Brahman ».
Délicate comme une fibre infime d’une tige, on l’a dit de lotus, c’est la voie divine ignée que Kuṇḍalinī emprunte pour s’élever.
Qui dit ignée, dit ; « qui est de feu, produite par l’action du feu ».
Kuṇḍalinī est bien l’énergie feu capable de détruire ou de révéler quand elle s’unit à Śiva शिव, le principe conscient.
Voir conférence « Transmutation et point d’équilibre ».

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C’est dans cette voie infiniment réduite mais faite du vide absolu où il n’y a plus d’obstacle que Kuṇḍalinī va pouvoir retrouver son essence universelle, son état de spanda.

Au cours de son ascension, elle va devoir traverser les bindu बिन्दु de chacun des cakra. Elle devra de plus, affronter les fameux Granthi ग्रन्थि , les nœuds qui constituent d’inextricables entrelacements qui nouent l’esprit à la matière, renforçant le sentiment du moi, du Je.
Ces nœuds difficiles à percer sont les justifications de mécanismes complexes et inconscients, d’impressions latentes, les Saṃskāra संस्कार, tissés par les conditionnements sociaux culturels du passé, par les fausses identifications, les illusions, la méconnaissance des lois universelles qui nous gouvernent, bref par Avidyā अविद्या, l’ignorance.

Ce poids du conditionnement passé offre une rigidité, une inertie, une grande résistance au passage de la force purificatrice du travail spirituel.

Beaucoup d’appelés, peu d’élus !

Le travail spirituel de la connaissance de soi est loin d’être un travail de confort.
C’est un travail ardu qui nécessite de l’honnêteté intellectuelle, du courage envers soi-même et les autres. Du courage aussi bien physique que mental et des remises en questions sur les acquis.
Avant d’activer la Suṣumṇā, il faut faire un travail de purification en amont sur tous les plans de l’être afin de pouvoir faire face à la puissance sollicitée.

Les cakra, bien qu’ils soient en interrelation avec les plans physiologiques participant ainsi à l’équilibre de la santé physique, sont aussi en interrelation avec les plans psychiques, énergétiques et mentaux. Autrement dit, ils sont en relation avec le corps grossier, Sthūlaśarīra स्थूलशरीर, mais aussi avec le corps subtil ou prânique, Sūkṣmaśarīra सूक्ष्मशरीर.

Ces centres de force, à la localisation délicate dans le corps physique, ont en contre-partie une place précise dans le corps énergétique que le yogi localise aisément lorsqu’ils sont activés par la montée de l’énergie.

On pourrait parler ici très longuement de chacun des cakra. C’est ce que nous étudions en cours de Kriyā क्रिया et cela peut prendre des années.

Je vais revenir ici sur les aspects de Mūlādhāra cakra, considéré comme le cakra racine, siège où Kuṇḍalinī se trouve à l’état latent enroulée trois fois et demie sur elle-même.
Dans l’iconographie classique selon la théorie des sept cakra, lorsque nous considérons Mūlādhāra et Svādhiṣṭhāna cakra comme séparés, la présence dans le Yantra यन्त्र complexe de Mūlādhāra, d’un dhūmra धूम्र lingam de couleur fumée autour de laquelle Kuṇḍalinī est enroulée, symbolise la personnalité non consciente d’elle-même. Tout cela se passant à l’intérieur du Trikoṇa त्रिकोण, le triangle rouge de Śakti la pointe vers le bas.
Dans la version où Svādhiṣṭhāna n’est pas représenté et est assimilé à Mūlādhāra, on va se préoccuper d’une représentation différente tenant compte d’un processus d’activation d’ouverture ou de fermeture de la montée ou de la tenue de cette énergie, assimilée aussi à une énergie sexuelle sublimée.

Le tāntrika rétracte la semence afin de la transmuter.
Il est dit alors que Mūlādhāra possède deux ouvertures qui ne peuvent fonctionner qu’alternativement. Si l’une s’ouvre, l’autre se ferme.
En réalité, nous dit Lilian Silburn, « c’est une seule et même ouverture dont le sens s’inverse et ce processus est illustré par le sens que va prendre le triangle de Śakti (triangle appelé aussi yonivaktra योनि वक्त्र) ».
Si son sommet est tourné vers le bas, on l’appellera adhovaktra अधो वक्त्र (ouverture inférieure) et la vigueur spirituelle se perd au profit de la vie sexuelle et sensuelle, souffle et sécrétion sexuelle suivant un cours descendant.
Par contre, si le triangle est renversé en ayant son seul sommet tourné vers le haut, (lui même considéré comme l’ouverture MeḍhraKanda मेढ् कन्द), ce dernier venant à la racine de l’organe sexuel, alors il y a passage pour la semence sexuelle afin qu’elle pénètre dans le canal médian.
Bien sur, le triangle Trikoṇa, la pointe vers le bas, reste la représentation fondamentale de Śakti avec ces trois cités, Icchā इच्छा (volonté, désir), Jñāna ज्ञान (connaissance) et Kriyā क्रिया (action) non encore activées à cet endroit là.

Les anciens enseignements faisaient partir Kuṇḍalinī du ventre, voire du cœur et la dirigeaient soit vers le bas, soit vers le haut.
Quelques instructions transmises par Abhinavagupta, maître du shivaïsme du Cachemire du IX° S, indiquent que la Kuṇḍalinī allant vers le haut" (Ūrdhva ऊर्ध्व) à partir du cœur concerne la pratique de l’éveil par le Prāṇāyāma प्राणायाम ( techniques respiratoires) à travers les six cakra allant d’Anāhata अनाहत à Brahmarandhra. On compte donc ici un nombre de cakra mineurs en plus des principaux ; Tālucakra तालु (luette), Lalāṭa cakra ललाट (voile du palais), etc.

De même, la Kuṇḍalinī allant vers le bas, Adhovaktra अधो वक्त्, traduisible littéralement par « bouche inférieure » est la pratique de l’éveil à travers la sublimation de l’énergie sexuelle, concernant là encore six cakra allant de celui du cœur jusqu’à Mūlādhāra, ce dernier étant la contrepartie du "lotus aux mille pétales" du haut.
Parmi les cakra mineurs rajoutés, nous trouvons ici le Kanda कन्द, traduisible par bulbe et qui est le lieu où Haṃsa हंस couve l’hiraṇyagarbhaya हिरण्यगर्भ.
voir Conférence « L’hiraṇyagarbhaya, l’œuf d’or »

De même, selon les écoles, Maṇipura मणिपुर cakra peut être différencié en deux cakra, Maṇipura lui-même ( le plexus solaire, région de l’épigastre ) et le Nābhi cakra नाभि (le nombril).

Ce n’est que plus tard, que le système des sept cakra s’imposera comme une science majeure et puissante faisant partir Sri Kuṇḍalinī de la base de la colonne vertébrale.

Quoi qu’il en soit, Kuṇḍalinī endormie représente la servitude de l’ignorant prenant sa « corporalité » temporelle comme étant sa seule vérité et existence, oubliant la nature véritable et intemporelle de son âme, de son Soi.

Dormante à la base de la colonne vertébrale, elle n’en est pas moins le support à la vie mondaine de l’homme et du monde, considérés eux-mêmes par les sages comme des niveaux d’existence endormis.

Serpent femelle, elle contient le poison qui détruit la vitalité humaine lorsque les énergies sont gaspillées vers l’extérieur.
Ce poison est cependant apte à se transformer en nectar lorsque ces énergies ont été transmutées, permettant à l’être humain d’accéder à sa dimension cosmique.

A vous d’y accéder !
Hari Om tat Sat
Jaya Yogācārya

Bibliographie :
- « La Kuṇḍalinī » par Lilian Silburn aux Edts Les Deux Océans
- Adaptation et commentaire par Jaya yogacarya

©Centre Jaya de Yoga Vedanta La Réunion

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