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Sommeil et Béatitude





Sommeil et Béatitude

Conférence donnée par Jaya le 28 juin 2103 en cours de méditation : les étapes de la méditation B



« Je vais vous raconter une histoire. Je la tire des écrits de Swami Chidvilasananda, disciple du grand Muktananda, érudit réalisé par la grâce du yoga."




- "Il y avait un homme appelé John Mc Cormick qui habitait Glasgow. Toutes les nuits, il faisait le même rêve, dans lequel il entendait une voix mystérieuse lui murmurer à l’oreille : « A Londres, sous le plus grand des ponts...sous ce pont se trouve un magnifique trésor. Il est à toi.
Va le chercher ! »
Chaque matin, John Mc Cormick se réveillait le sourire aux lèvres, mais il ne prenait pas ce rêve au sérieux. Comme il était très pauvre, très démuni, il pensait que tout cela était le fruit de son imagination et qu’il rêvait tout simplement de faire fortune. Cependant, toutes les nuits, toutes les nuits, le même rêve, la même voix : « sous le pont, à Londres... il t’appartient... trésor... »
Jusqu’au jour où, n’ayant rien à perdre, John Mc Cormick décida de partir pour Londres.
C’était un long et difficile voyage pour un homme sans ressource. Malgré tout, quelques semaines plus tard, il se retrouva dans la grande ville. Mais là, il eut la désagréable surprise de trouver des gardes royaux postés aux deux extrémités du fameux pont. Il lui semblait parfaitement impossible de chercher le trésor en échappant au regard des soldats.
Perplexe, il se mit à marcher de long en large et finalement se résolut à prendre une chambre dans une petite auberge du voisinage. Chaque jour, il se rendait jusqu’au pont, essayant d’imaginer à quel endroit le trésor était enfoui et comment il pourrait se l’approprier.
Un des officiers avait remarqué son manège et finit par le questionner : « Mais Diable, que venez-vous faire ici ? » Attendez-vous quelqu’un, avez-vous perdu quelque chose ? »
John Mc Cormick hésitait. Il dévisagea longuement l’officier. Ce dernier lui sembla être un homme courtois et fort sympathique. Aussi décida t-il d’ouvrir son cœur à cet étranger et de lui raconter son rêve. La première réaction de l’officier fut de rire : « Avez-vous cru à ce rêve ? Moi je n’y crois pas ! Vous avez usé vos semelles, dépensé votre argent et votre énergie pour faire le voyage jusqu’ici et tout cela sur la foi d’un rêve ? Si j’avais fait comme vous, savez-vous où je serais actuellement ? »
Alors l’officier se mit à lui raconter : « Depuis des mois, pendant mon sommeil, une voix mystérieuse me répète à l’oreille :
« Va à Glasgow, chez John Mac Cormick, Dans un recoin de sa maison, derrière le fourneau, se trouve un fabuleux trésor... »
« Comment voulez-vous, Monsieur, qu’un soldat comme moi se rende à Glasgow ? Et même si je le décidais, la moitié des hommes en Écosse s’appellent John et l’autre moitié s’appellent Mc Cormick ! Supposons que j’en choisisse un et que je commence à défoncer le sol de sa maison...vous imaginez tout de suite sa réaction ? »
John Mac Cormick écouta l’officier avec beaucoup d’attention. Dans son for intérieur, il s’inclina profondément devant le seigneur. Puis sans ajouter un mot, il quitta Londres et s’en retourna chez lui. Il prit une pioche et se mit aussitôt à creuser dans un coin sombre et sale, derrière le fourneau. Et là, il découvrit le trésor enfoui dans sa propre demeure."



Cette histoire, nous dit le maître, est celle de chacun d’entre-vous.

Vous regardez de tous côtés, vous pratiquez toutes sortes de disciplines spirituelles, vous allez méditer dans des endroits isolés pendant de longues périodes, vous essayez d’autres cours, d’autres guides. Parfois, il ne se produit rien et vous rentrez chez vous profondément déçu :
« Que suis-je allé faire là-bas ? », mais au moment où vous prononcez ces mots, vous réalisez que le lieu éloigné est en vous-même, que la qualité de ce lieu, l’essence spirituelle de ce lieu, c’est vous ! Telle est la découverte faite par tous les sages védiques, tous les grands méditants.
Loin des théories et discussions, c’est en fermant les yeux et en regardant en eux mêmes, qu’ils y ont trouvé le trésor spirituel, l’expérience ineffable.
C’est cette disparité avec l’essence même de l’existence qui engendre les peurs. Nous entretenons à l’égard du monde cette dualité et cette peur. Si nous pensons que les choses sont différentes de nous, alors nous mettons une distance entre le subtil et nous, et notre âme tremble. Nos pensées nous font peur, nos actions nous font peur. L’obligation d’aller quelque part nous fait peur, et nous perdons le repos et la paix.
Que veulent les hommes ?
La réponse est simple : le bonheur.


Nous voulons tous naître, mais ne voulons pas mourir. Nous voulons le bonheur, mais pas le malheur, et tout ce que nous faisons concerne cette quête du bonheur.
Nous voulons être heureux et à tout prix.

Pour vivre ce bonheur, nous nous activons intensément à toutes les activités de la vie, famille, travail, création, divertissements. Nous accumulons des biens matériels avec l’idée de réussite et de sécurité qu’ils peuvent suggérer, tout en sachant pertinemment qu’il nous faudra bien un jour les lâcher.
Mais ce jour est encore loin !

Le soir, lorsque après une journée bien remplie, que vous soyez près d’un être cher pour dormir ou que vous soyez seul, une seule chose devient nécessaire.
Dormir.
Dormir, signifie lâcher, lâcher tout ; votre identité, vos biens, vos préoccupations, et quoique vous ayez fait dans la journée, vous êtes fatigué et seul compte le refuge de la nuit et de votre lit pour déposer votre corps, votre mental et vos multiples soucis.
Peu importe que vous deveniez seul dans la nuit de votre lit, ce qui compte, c’est dormir.

Lorsque vous dormez, nul désir n’apparaît. Nous n’avons plus besoin de gagner notre existence, de manger ou de boire, de voir un tel ou de faire ceci ou cela. Tout est mis en suspend, et nous l’acceptons.
Les mécanismes de la vie font que l’énergie du sommeil nous répare. Cette énergie est à la fois celle du corps et de ses mécanismes physiologiques, mais aussi cette énergie répare notre mental, déstresse, décompresse les carcans mentaux, les stimulations intellectuelles ou émotionnelles.
Notre être au repos total fournit pour tous ses plans, du plus grossier au plus subtil, cette énergie régénérante.
Faut-il encore ne pas souffrir d’insomnie !
Et le lendemain matin, en principe, devant ce qui nous semble un nouveau soleil resplendissant, nous sommes réparés.

Ce qui veut dire que les jours nous fatiguent, et que ces nombreuses occupations en quête du bonheur, que nous ne trouvons pas forcément, sont épuisantes.

Nous cherchons à l’extérieur la signification du bonheur, pensant qu’il se trouve dans l’objet du désir.
Or, le bonheur est un ressenti intime.
La joie que j’éprouve devant un Caravage n’appartient qu’à mon propre ressenti. Un même Caravage ne fera aucun effet à un amoureux du pop art par exemple.


Saint-Jean Baptiste enlaçant le bélier de Caravage

L’amour que j’éprouve pour un tel ou une telle est inhérent à moi-même.

Le bonheur obtenu par nos interactions au monde, n’est, vous dira le Védanta, que le reflet de la joie de votre être intérieur. Ce que l’on appelle en Védanta le SOI, est cet être fondamental en vous, cette partie de l’absolu et de la conscience de l’existence qui s’exprime par votre individualité.

Chaque jour donc, il nous faut agir et s’épuiser et chaque nuit se régénérer.
La nuit est génératrice de paix.
Nous avons donc en nous, dans le silence et l’immobilité, la source de cette régénérescence.
Le bonheur ne se trouverait donc pas forcément dans les activités du jour telles que manger, bouger, chercher, créer, échanger, etc.
L’état de veille, rappelez-vous, n’est pas l’état d’éveil, et la souffrance existentielle se vit dans cette phase là. Dans le sommeil profond, nous oublions tout. Mais me direz-vous, le but n’est pas de s’anesthésier ! Le sommeil comme le rêve, sont des états où la conscience est couverte par le voile de l’illusion. Voir principe d’adhyaropa.
En fait chaque nuit, pendant que nous dormons, nous expérimentons nidra, le premier stade du samadhi.

Dans le sommeil profond, le temps, l’espace et l’objet disparaissent.
Ces trois concepts fonctionnent comme des repères à notre existence de veille.

Dans le sommeil, ils n’existent plus. Ils persistent dans les rêves mais dans le sommeil profond, ils disparaissent. D’après les Upanishads, toutes nos facultés exprimées dans notre manifestation, rejoignent à ce moment-là, le Soi supérieur en nous.
Cette condition ressemble beaucoup au samadhi, bien qu’elle n’en soit qu’un tout premier niveau.

Le sommeil peut devenir un état de béatitude.


Faire un pas de plus, c’est pénétrer dans l’état de méditation. Mais attention, je ne suis pas en train de dire qu’il faille aller vers l’endormissement et la somnolence pour avancer dans la méditation ; et particulièrement les débutants en méditation doivent être prudents... Je parle ici de l’état de lâcher-prise et de béatitude, d’abandon que le Nidra procure. Le subtil et l’ineffable que nous cherchons dans les activités mondaines sont si loin dans le monde extérieur et si près dans les expériences méditatives.
Dans la méditation, nous pouvons sentir dans son profond silence, vibrer la subtilité du monde et de l’existence. Nous pouvons écouter et découvrir notre vibration sonore unique. Notre aspect subtil et divin.

Seule la vision exacerbée que nous avons de nous-même par le filtre du monde extérieur nous limite.
Le « Je » à l’état pur, ce « Je » qui était Nous à notre naissance et sera toujours là à notre mort, lui seul est véritable. Et dans la méditation, nous pouvons le ressentir.


Souvenez-vous lorsque je vous ai parlé des premiers stades importants de la maîtrise de Dhyana à l’avant dernière conférence voir le subtil chemin, j’ai mentionné le Brahman Dhyana, la perception du Brahman, de l’absolu par le mahavakya védantique « Aham Brahmasmi », je suis Cela.

J’ai ensuite parlé du Pranava Dhyana et de la méditation sur le Om primordial comme quête de la vibration sonore personnelle et unique.

Puis j’ai fini par Saguna dhyana en vous parlant des qualités supérieures des trois gunas que sont Prakasha, la luminosité pour Satva, Kriya, l’action pour Rajas et Stihi, la stabilité pour Tamas.

Nirguna Dhyana est une méditation qui vient ensuite. C’est une méditation sans les gunas, ou du moins où les trois gunas fusionnent en une seule luminosité afin de maintenir une flamme éternelle, le Jyortir, la flamme de l’esprit. Lorsque vos expériences méditatives deviennent de plus en plus vivantes, vous allez pouvoir mieux cerner ces quatre principes suivant.

  • Baikhari est ce que l’on peut dire à autrui.
  • Upanshu concerne ce que l’on ne peut se dire qu’à soi-même. Un goût, un ressenti, une idée ou une impression très subtile.
  • Manasi considère ce que l’on est capable de percevoir sans pouvoir le formuler avec des mots ou un raisonnement logique ou cartésien.
  • Para correspond à ce que vous devenez vous même, au-delà de toute description.
    Celui qui dans la méditation atteint des stades de profonde expérience ineffable, lumineuse, transcendante, est passé par ces quatre stades.

Savishesha Dhyana est la méditation suivante où l’on appréhende tous les attributs des cinq tatwas, aux pranas, aux tanmatras, jusqu’aux concepts de l’ego et de maya, les voiles de l’illusion. Ce sont les méditations sur les upadhis, voir les voiles de l’illusion, dont plusieurs formes existent et que nous avons pratiquées pour certaines. En prenant conscience de la shakti qui soutient ces strates, elle rejoint le concept de l’absolu, omniprésente au vivant.

Nirvishesha Dhyana enfin correspond à la méditation sans attribut.
Dans ce stade, il y a fusion entre Shiva et Shakti dans le concept tantrique, comme il peut y avoir fusion du Brahman et de Maya l’illusion dans le concept Védantique, ou fusion du Purusha et de la Prakriti dans le contexte samkhyen.

Ardhanareshwara, la représentation androgyne où la moitié du corps est Shakti et l’autre Siva, illustre ce stade de méditation.


Ardhanarishwara

Ici, la méditation intègre dans la conscience, les expériences duales, les facettes féminines et masculines, le blanc et le noir, du Soi. Il n’y a plus de différence entre les organes des sens et l’objet connu.
Je deviens l’objet de méditation.
C’est le stade de Samyama, et ce processus est comparable à celui du sommeil profond, où les expériences sensorielles et mentales s’éteignent pour ne laisser la place qu’à ce qui est. C’est l’union du mental inférieur au mental supérieur, de l’individu à l’univers.

Nous sommes aux premières portes du samadhi.

Durant l’enseignement de la méditation, nous avons abordé bon nombre de ces techniques qui nécessitent bien sur d’être pratiquées régulièrement et sous la direction d’un guide. Certains d’entre-vous, les plus réguliers, récoltent les expériences très subtiles de cette science. De nombreux stades délicats nous attendent dans le cheminement méditatif et c’est pour cela que vous devez consolider votre pratique par la régularité, l’enthousiasme, la réflexion et la dévotion spirituelle. La gratitude envers le yoga et les guides, le respect de leur enseignement, seront la garantie de votre propre épanouissement.

Hari Om tat Sat
Jaya Yogacharya



Bibliographie :
« Yoga Darshan » de swami Paramahamsa Niranjanananda aux éditions Swam
et « Méditez » de Swami Muktananda aux éditions Saraswati
Adaptation et commentaire par Jaya Yogacharya

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