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Le Yoga de l’Inconcevable

Conférence donnée en cours de méditation par Jaya Yogacharya le vendredi 13 février 2015


Le Yoga de L’Inconcevable

L’autre soir, je dispensais un cours débutant, assistée par deux de mes élèves hommes, élèves avancés ayant une pratique d’environ une vingtaine d’années, afin de donner un encadrement ajusté et un confort d’apprentissage à ces nouveaux arrivés, qui ne mesurent que rarement, l’ampleur du chemin qui s’ouvre à eux.
Je tiens d’ailleurs à remercier tous mes autres élèves avancés qui sont dévoués à la cause du yoga en se dévouant à celle du centre Jaya.

Après ce cours, l’un d’eux me parlait de l’âge mûr de la soixantaine qu’il atteindrait dans deux années, expérience qui se présente déjà à moi-même. Il me parlait des changements observés dans le corps et des nouvelles négociations qui s’imposent avec l’âge. Il me rapportait également " la chance que fut pour lui, ce jour où il frappa à la porte du centre, et celle d’avoir su pratiquer et suivre cet enseignement avec constance et effort ".
Il mesurait aujourd’hui la grande différence physique et mentale entre lui et ses nombreux proches du même âge.
Cet élève en question incarne bien en effet, les beaux aspects de la pratique yoguique.
Mais le chemin est encore long et reste difficile, même pour des personnes confirmées.
Le vieillissement inéluctable est un réel défi pour le pratiquant de yoga.
Il l’est bien sur au niveau physique, mais plus encore pour la totalité de son être.
La routine d’une pratique ne doit pas cacher le propos du yoga, son objectif élevé.

Le yoga est une voie d’éveil spirituel et sans la transformation fondamentale qu’elle implique, le yoga restera une pratique hygiéniste de confort.

Le vrai yoga est la voie vers l’Inconcevable.

Sri Satchidananda Yogi à la Réunion en 2004

Dans les nombreuses voies du yoga, les voies les plus nobles ne sont pas les plus populaires.
La voie noble nécessite deux aspects : d’une part, un enseignement initiatique ésotérique et un guide apte à l’incarner ; d’autre part, un aspirant ayant des aptitudes pour la concrétiser.

Certains ha-tha yogins contemporains ont « labélisé commercialement » un travail postural puissant et remarquable qui a conquis une grande majorité de pratiquants occidentaux par son coté démonstratif et ses performances physiques.
Cela parfois a tendance à exacerber chez ces pratiquants, une sorte de comportement « égotique » qui va à l’encontre du vrai travail spirituel.

La vraie dimension du yoga semble être ailleurs.

Le grand flot originel du yoga s’est toujours nourri et amplifié au cours des âges, des points de vue philosophiques indiens (les darshans, voir les 6 darshans), ainsi que des traditions cultuelles et religieuses de l’Inde.
Les grandes traditions du yoga vont donc être influencées, soit de la pensée non dualiste Védantique, soit de la fusion dévotionnelle du Bhakti yoga, soit de la compréhension du Dharma voir le Dharma et de l’action juste par le karma yoga, soit de la quête du Samadhi du Raja yoga classique Brahmanique voir le Raja yoga et sa libération par la transcendance du mental, soit les cultes religieux de Vishnu et Shiva du panthéon hindou voir les cultes, soit du Védisme ancien et du Shaktisme voir le Tantrisme.

Une tradition, qui fit la synthèse de ces nombreuses influences, est celle des Siddha et devint célèbre au X° s avec des maîtres comme Mastsyendra ou Goraksha.

C’est la tradition de ceux qui ont les Siddhis, les pouvoirs supra-normaux. Il y a toujours eu une chaine ininterrompue de Siddhas, c’est-à-dire de yogins ayant atteint la perfection ultime (Siddhi) du Yoga. Se positionnant dans une période où les doctrines étaient diverses et affirmées, les Siddha se soucièrent de populariser les doctrines ésotériques afin de rendre un yoga primordial accessible à tous.

Ils mirent ainsi au point un ensemble de méthodes partant du plan le plus simple, à savoir celui du corps physique, afin de le préparer, de l’harmoniser, de le parfaire, en vue d’une maîtrise des autres corps, corps subtil ou énergétique, et corps spirituel . voir Les trois corps. Ils puisèrent ainsi dans le Raja-yoga, dans les techniques du ha-tha yoga et validèrent le sens de la transcendance par le mental tout en s’appuyant sur les principes du culte de l’énergie primordiale issus du Shaktisme, entendons-là, en toile de fond, du tantrisme.

"Jouant des interrelations qui existent entre les différents plans de l’être, la maîtrise du corps subtil n’est pas seulement pour eux un moyen d’acquérir la lente et laborieuse maîtrise de l’esprit aboutissant au samadhi.
Elle permet surtout d’accéder à une technique d’éveil rapide, voire violente, qui utilise la puissance de l’énergie cosmique résidant en l’homme à l’état potentiel, assoupie comme un serpent femelle enroulé sur lui-même et nommée kundalini". nous dit Tara Michael.

Les enseignements spirituels traditionnels particulièrement Shivaïtes, mettent donc en avant un système fait de quatre principes ;
- les comportements appropriés (l’éducation spirituelle),

- la connaissance des doctrines (jnana),

- les rites et leurs initiations,

- et surtout, la pratique du Yoga, comme outil ultime de libération de l’âme individuelle lui permettant l’intégration avec l’absolu.

Autrement dit, il est nécessaire de connaître la nature de ce avec quoi l’on veut transcender, et d’identifier le triple lien pâsha voir principe de l’Adhyaropa qui asservit les âmes non libres.
Aucune initiation ne peut être conférée tant que n’est acquise cette connaissance.

Qu’est-ce à dire ?

Les aspirants auront beau être informés des rituels, de l’éducation spirituelle et des doctrines, rien ne pourra être viable sans l’apport du yoga. Ils ne pourront pas connaître l’âtman, le soi Divin qui est en eux.
Ceux qui ne possèdent pas l’âtman, n’assureront que difficilement leur fonction dans l’existence.
Un chercheur spirituel se doit de le connaître.
Ceux qui possèdent l’âtman en eux sont ceux qui le connaissent.
C’est la condition du yogin.
Autrement dit, les sages déclarent ;
Guides, pratiquants, élèves, simples aspirants, ont à considérer qu’ils ne pourront que très difficilement assumer leurs tâches propres dans l’existence tant qu’ils n’auront pas atteint cet état.
Est Yogin celui qui s’unit à la manifestation de sa nature divine.

Pour revenir au yoga de l’Inconcevable, ce dernier s’appuie sur certains agamas.

Les agamas hindous constituent une somme importante de textes renfermant des indications concernant les rituels, les pratiques yoguiques et tantriques, la construction des temples, et sont considérés comme des textes révélés, les shrutis à l’instar des Védas voir Les Védas.
Les courants Vishnouiste, Shaktiste, et Shivaïte ont chacun leur corpus d’agamas.

Dans certains de ces textes, le yoga a une finalité non mentale, non conceptuelle, non duale, qui s’appuie sur la réalisation des pouvoirs surnaturels atteints au cours de la pratique profonde de la méditation et du samadhi.
Ils sont illustrés par des longues listes d’images et de paraboles. Le symbole y est employé afin d’y découvrir sa valeur cognitive, son audace, et sa noblesse, comme le dit Mircéa Eliade.


Ainsi des paraboles comme celle du tir à l’arc d’après un reflet dans l’eau, (illustrant d’ailleurs les mudras chers aux siddhas que sont l’unmani mudra et le Shambhavi mudra), ou bien celle de la fleur et du fruit, montrent que la connaissance spirituelle, doit révéler les aspects les plus profonds de la réalité.
Les symboles de la connaissance spirituelle sont classés finalement en familles et peuvent illustrer par exemple ; le centre du monde, la transcendance des contraires, la traversée, l’ascension, la brisure des nœuds qui emprisonnent, la libération, l’ivresse par l’ambroisie, l’immortalité. Tous ne font qu’exprimer une même vérité ultime.

L’interprétation intellectuelle d’un symbole spirituel si vaste soit elle, n’épuisera jamais le contenu de celui-ci, insiste Tara Michael.
C’est la vérité de celui-ci expérimentée différemment par chacun d’entre nous, qui le révèle. Le symbole est là pour transmettre un enseignement non conceptuel afin de faire accoucher les esprits de ce qu’ils contiennent sans le savoir.

Certaines directives des pratiques méditatives que je vous donne s’articulent autour de ce principe.
Ainsi, certaines déclarations suivantes, sont des sentences philosophiques sacrées qui ont pour but de provoquer votre état d’éveil.

« De même que le sel au contact de l’eau se liquéfie, de même l’esprit au contact de l’absolu, Brahman, l’inqualifiable, se Brahmanifie. »

« De même que le sel, parce que sa nature est de révéler un goût salé, atteint son propre état lorsqu’il se dissout dans l’eau, de même l’esprit devient son propre état lorsqu’il connaît l’absolu. »

« De même que la fleur produit la révélation du fruit, mais que le fruit signifie la destruction de cette fleur, de même le corps permet la révélation de la réalité suprême, mais celle-ci signifie la destruction de ce corps. »


N’est-ce pas le propos de l’existence ?

La révélation de la connaissance signifie la cessation de l’action.

"Ne sachant pas que la réalité réside en lui-même, le fou s’égare dans les textes sacrés, ou les mille et unes techniques, comme un berger cherche ses moutons dans le puits alors qu’ils sont à la bergerie."


Ainsi donc, la dimension de votre pratique yoguique va de pair avec celle de votre avancée de vie.
Soit vous allez vers l’essentiel et vous le réalisez !
Soit, vous vous en éloignez.
Ne lâchez donc pas le fil.

Hari om tat sat
Jaya Yogacharya




Bibliographie :
« le yoga de l’éveil » de Tara Michael aux edts Fayard.
Adaptation et commentaire de Jaya Yogacharya.



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