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"Etat des lieux"

Conférence du vendredi 8 mai 2020 donnée par Jaya yogācārya en 8° semaine de confinement en visioconférence.

Nous arrivons à la huitième semaine de confinement et nous nous approchons du déconfinement dans quelques jours avec beaucoup d’incertitudes sur ce qui nous attend, tant au niveau social que sanitaire. Une aura d’interdits, de contraintes et de difficultés semblent apparaître dans le déroulement de notre futur.

Si pour beaucoup, la vie a basculé soudainement fin mars dans des fonctionnements inhabituels, il n’en a pas été de même pour une certaine catégorie de personnes. Les êtres menant naturellement une vie centrée et calme, ont pu suivre le fil quotidien de leurs activités sans trop de perturbations physiques et mentales et ne ressortiront de cette période, ni affaiblis, ni perturbés mentalement.
Soyons objectifs ! De la même façon que ce confinement a fait du bien d’une certaine façon à la planète, à la nature, en les mettant au repos de l’activité humaine, elle a fait aussi beaucoup de bien à bon nombre de personnes en les sortant de leur hyper-activité et de leur course effrénée et consumériste. Toutefois, le recentrage à soi-même, qui nécessite une démarche, ne peut être forcé, et le commun des mortels s’invente suffisamment de distractions et de moyens de fuite pour éviter ce dernier.
A l’heure du déconfinement, alors que beaucoup sont déjà dans les starting-block, un certain nombre n’ont pas du tout envie de repartir dans cette course.

Souvent, qui dit "vie centrée et calme", dit aussi "plages de silence, consommation contrôlée, distanciation sociale presque naturelle".

On n’embrasse pas si facilement les sages en les tenant fort contre soi !

Si un individu possède une éthique et des observances morales envers lui-même et les autres, alors il est déjà une terre propice à faire germer plus encore les fleurs de la pratique spirituelle lors d’un contexte comme celui que nous venons de vivre.
Pour lui, le confinement s’apparente plus à une retraite spirituelle avec les qualités nécessaires à son bon déroulement.
Si un individu ne possède pas encore l’éthique spirituelle en lui, il reste enchâssé dans ses mécanismes psychologiques, émotionnels, intellectuels et peut être amené à une vie plus compliquée.

L’ observance de valeurs morales en soi ne signifie pas l’obéissance à des dogmes imposés.

Le chercheur spirituel doit rester un être fondamentalement libre et l’éthique qu’il respecte est le fruit d’une lente maturation obtenue par la compréhension des lois de l’existence permettant une existence noblement vécue et sans complications.

Un pratiquant spirituel se doit d’entretenir des qualités parfois appelées des perfections.
Ces qualités sont :
- dāna दान, la générosité.
- śīlā शीला, l’éthique, la vertu.
- kṣānti क्षान्ति, la patience, le pardon, la tolérance.
- Vīrya वीर्य, la persévérance.
- Dhyāna ध्यान, la méditation.
- Prajñā प्रज्ञा, et la sagesse.

Un rappel constant à soi-même, une sorte d’inventaire, d’état des lieux pour vérifier si ces qualités sont bien présentes en soi et bien entretenues est nécessaire.
Il est très facile d’acquérir la compréhension soudaine de la nécessité d’une de ces qualités sur le chemin de l’éveil et d’en faire l’expérience durant un certain temps dans un certain contexte comme il est facile d’oublier naturellement la préservation de cette qualité en soi.

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La fixer définitivement comme un trait acquis de caractère et l’intégrer dans ses actes quotidiens est une délicate affaire.
Il en est de même pour le Savoir.

Acquérir des compréhensions spirituelles graduellement mais ne pas les fixer et les oublier à l’étape suivante donne à l’apprentissage un échafaudage fragile.
Il ne s’agit pas de concevoir pour acquis définitif la seule compréhension intellectuelle ou émotionnelle. Il s’agit d’entretenir son jardin intérieur et de donner sans cesse du bon terreau à vos compréhensions afin qu’elles puissent réellement germer.
La progression spirituelle ne s’acquiert pas par la compréhension graduelle du savoir mais par des prises de conscience semblables à des sauts quantiques.
Le changement de niveau d’énergie amène un changement de niveau de conscience et vice-versa.

Revenons à ces qualités intérieures si précieuses.
Dāna, la générosité signifie au premier degré, aider l’autre et pouvoir satisfaire les besoins en nourriture et vêtements pour ceux qui en ont besoin.
C’est veiller aux besoins de l’ami, de vos parents, voire de l’étranger.
Mais la générosité du pratiquant spirituel, de l’ami spirituel, voire du guide spirituel, va plus loin.
Les biens matériels n’empêchent pas la souffrance, mais l’éveil de la sagesse chez l’autre contribue à la disparition de cette souffrance intérieure, même en cas de pauvreté.
Transmettre les lois spirituelles du Dharma, avec la pensée la plus pure, est un don profond et durable du guide.
La préoccupation d’un être spirituel est de sauver l’autre de la souffrance, de le préserver des dangers, de le préserver de lui-même et de ses propres démons lorsque la conscience n’a pas été activée.
Le pratiquant spirituel se doit de cultiver en lui le désir que les autres soient heureux, en respectant toujours leur liberté de choix.

L’éveil de la sagesse commence par des actions simples, telles celles de protéger son corps, sa parole et son esprit, mais aussi protéger celles d’autrui.
C’est śīlā, l’éthique, la vertu.
Être attentif aux actions nuisibles, c’est être vigilant pour les siennes mais aussi ne pas les inciter chez l’autre, directement ou indirectement.
Faire attention à son corps et à sa pratique et renvoyer ses proches au désarroi qu’implique cette différence comportementale n’est pas la solution.
Le refus de nuire même indirectement, doit être observé.
Le danger de la Sādhana साधना personnelle est de renforcer le culte de l’ego et de sa différence.
Parfois la pratique peut entrainer des désagréments.
La mise en œuvre d’un enseignement spirituel pour soi-même peut engendrer des interférences négatives de la part d’autrui qui n’ont pour but que de vous éloigner de la pratique. Celui qui n’a pas entrepris le chemin de l’élévation et de la libération voit d’un mauvais œil le fait que son conjoint, son parent ou son ami puisse y accéder et pas lui.

La patience kṣānti, la détermination, l’art de supporter sans colère ces désagréments, voire ces jugements de valeurs, sont les garants de votre réussite.

Si vous passez l’essentiel de votre temps à veiller au bon accomplissement des tâches quotidiennes, à assurer votre pitance au point de privilégier toutes ces actions à l’urgence de ce qui donne à la vie son véritable sens, alors vous perdez votre temps de façon profane.
Vīrya, la persévérance dans le Dharma, c’est privilégier aux activités profanes, le sens de l’existence.
La pratique régulière peut à tout moment, si elle n’est pas suffisamment établie, être entrainée par la fatigue et la lassitude. La persévérance protège contre la lassitude et lorsqu’après l’effort, vous pouvez considérer les fruits de votre pratique, alors la fatigue se dissout d’elle-même.

Le propre du paresseux est d’être fatigué avant l’effort.
Serait-ce là un manque de confiance en lui et en ses capacités ?
Le manque de confiance en soi est l’obstacle à toute réalisation.

- Oublier sa mission de vie, se lasser de sa pratique spirituelle, douter de ses possibilités sont les faiblesses qui doivent être contrecarrées par les énergies contraires.

Un individu d’intelligence moyenne réussira mieux s’il est persévérant qu’un paresseux intelligent.
Intelligence et persévérance donneront de l’or.

Dhyāna, la méditation est l’art de l’exigence et de la perfection.
La méditation doit toujours comporter un objet d’observation. C’est lorsqu’on passe dans les plans de Samādhi समाधि, que les supports disparaissent.
Vos sujets de méditation quant à eux sont souvent introduits par les pratiques yoguiques.

Pourquoi la méditation ?
Ce n’est pas parce que votre esprit semble calme dans le déroulement de l’existence qu’il est intériorisé. L’introspection est un processus très actif qui permet de se fixer sur quelque chose.
Le mouvement incessant de l’esprit, même dans un état calme, n’est pas une concentration prolongée.
Avant d’être un processus d’acquisition de la connaissance intuitive, la pratique méditative doit permettre d’éliminer les impuretés.

L’antichambre de la méditation est la réflexion et l’étude.

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C’est là que les qualités évoquées précédemment, générosité, vertu, patience, tolérance, persévérance et sagesse sont nécessaires. D’autant plus si vous méditez en groupe. Nos compagnons de pratique doivent être calmes et vertueux et il est préférable de jouir d’une bonne santé pour tenir la posture avec confort et efficacité.
Pour ceux qui sont affaiblis ou malades, le groupe de méditants aura la vertu de renforcement et de soin par l’effet des énergies qu’il dégage.
A cela s’ajoutera l’action subtile énergétique du guide.

Le simple fait de s’asseoir en posture de méditation détermine une orientation mentale propice à l’éveil. Mais le gros du travail reste à faire.
Il reste un travail à accomplir par l’esprit qui va devoir diriger son attention de plus en plus soutenue vers des objets de plus en plus subtils et profonds.
Plus l’enseignement va avancer dans la compréhension des grands concepts métaphysiques pointus, plus les pratiques attenantes vont progresser, plus les sujets de méditation et leurs pratiques seront subtils.
La tâche à cela est d’enlever progressivement les couches de l’ignorance, de l’illusion. L’ignorance étant la cause de notre imperfection et de la souffrance.

Parvenir à la sagesse, c’est parvenir à acquérir les qualités d’excellence des sages.
C’est expérimenter les processus de la transcendance.

On voit là qu’il faut beaucoup de pratiques préliminaires méditatives pour parachever l’état de sagesse, Prajñā.

Ce cheminement ne peut être fait seul.
L’ami spirituel qu’est le guide est là pour vous accompagner.

Approcher un guide, c’est partir du principe qu’en acceptant sa direction spirituelle, nous nous adressons à lui parce que nous supposons qu’il voit clair là où nous ne voyons pas clair.
Il n’est pas question d’avoir une confiance aveugle en lui, mais la confiance de l’aveugle qui demande à l’étranger à l’aider à traverser la route.
3
Faire confiance à un guide pour qu’il vous guide d’années en années sur le difficile chemin de l’éveil nécessite qu’on le reconnaisse déjà comme apte à cela.
Souvent les néophytes demandent si un guide doit être éveillé ?
Si le guide est éveillé, alors il fait partie des rares êtres sur la planète qui ont
transcendé.
Bien souvent d’ailleurs, à ce stade là, le maître, devenu un sage, se retire.

Il nous faut être sérieux, car c’est placer la barre très haut en ce qui concerne la qualification du guide.
Quels que soient l’art ou la technique concernés, ce n’est pas forcément le plus grand virtuose qui sera le meilleur professeur.
Le critère de base pour pouvoir considérer qu’un être humain est qualifié pour guider ceux qui viennent à lui, c’est une certaine transformation radicale qui représente un point de non-retour chez lui.
Il a choisi, il s’est transformé par de longues années de pratique, mais c’est surtout la nature de la relation profonde que ce guide a établi dans son cœur avec son propre maître.
Tant qu’il se sent un serviteur de son propre maître et à jamais responsable vis-à-vis de lui, de sa mémoire, mais aussi responsable envers le divin, alors il permet à la spiritualité d’être transmise à travers les siècles. Il devient à son tour un maître.

Les années de maturation, de crises, de victoires, de purifications sur soi-même avant sont nécessaires pour un disciple avant que le maître lui donne à son tour, son accord pour en guider d’autres.
Pour atteindre cet état d’instructeur spirituel, il importe aussi que le guide manifeste un degré de liberté et d’autonomie qui ne varie pas, quelles que soient les situations.
On ne pourrait admettre un guide déstabilisé ou agité par certains évènements, sujet à des états d’âme très souvent changeants et non libre d’agir ou de penser.

La révolution est la culmination de l’évolution !
Si nous voulons changer ce monde après cette pandémie, il nous faudrait une vraie révolution des idéologies et des comportements.
Devenir un maître, c’est un peu pareil !

La transformation du guide doit être précédée d’années d’efforts, de doutes, de victoires, c’est un chemin où l’aspirant devient de plus en plus sérieux sur la voie.

Lorsque la tension entre le monde fait de désirs et de peurs et l’aspiration spirituelle se fait de plus en plus aiguë, alors il y a un point culminant où il y a bascule.
Mais la bascule ne se fait pas en un instant.
Si un catalyseur déclenche un changement intérieur bouleversant assimilé à un éveil, s’opère alors un changement révolutionnaire qui va imprégner lentement tout l’être. Les anciennes manières de fonctionner, les habitudes émotionnelles et mentales vont se dissiper progressivement.
C’est une dissolution lente qui intervient après le changement profond.
La voie consiste à devenir complètement nu !, disent les sages.

Il vaut donc mieux envisager la voie spirituelle comme une progression lente et non l’espoir d’une illumination subite.
Si cet éveil subit survenait, il faudrait des années pour l’intégrer et s’en remettre, ou ne pas s’en remettre du tout...

La manière dont les guides agissent, correspond rarement aux conceptions que la majorité des gens se font de la sagesse.
Juger un guide à travers ses propres schémas personnels risque fort de réduire la perception des lois auxquelles le guide obéit.
Approcher un guide spirituel, c’est s’attendre à des surprises et à des étonnements, s’attendre à être dérouté.
Bon sens, ouverture d’esprit, lucidité, confiance sont les qualités requises du disciple pour s’engager dans cette voie de travail de longue haleine.
Beaucoup d’hommes et de femmes se sont souvent laissé éblouir pendant des années par de prétendus gourous incompétents et dangereux.

Beaucoup aussi se sont détournés d’un guide qui n’était que compassion parce que celui-ci ne s’était pas incliné devant leur propre mental, devant leur propre ego.

Dans le cheminement spirituel, la plus grande aide vient lorsque vous êtes touché dans votre orgueil. L’ orgueil relève de l’égo. Pendant des années, vous n’aviez que lui à votre disposition.
La compréhension que l’égoïsme est avant tout une forme d’infantilisme est un grand pas dans la pratique.
Grandir spirituellement, c’est comprendre que vous ne pouvez plus demeurer un enfant émotionnellement.
5

L’enfant est fait pour demander et recevoir, l’adulte est fait pour entendre la demande et pour donner.
Le miracle de la vie spirituelle, ce sont tous ces miracles qui commencent à se produire dès que l’on fait passer l’intérêt des autres avant le sien.
Être un guide, c’est réaliser cela.
ll est donc temps de faire votre propre inventaire intérieur.
Hari om tat sat
Jaya yogācārya

Bibliographie :
« « L’Ami spirituel » d’Arnaud Desjardins aux edts de la Table ronde
« L’éclosion du lotus » Lama Sherab Gyaltsen Amipa aux edts Arkhana vox
Adaptation et commentaire de Jaya yogacarya

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