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La pratique sensible

Depuis des années, nous travaillons ensemble aux pratiques yoguiques spirituelles que sont le kriyā yoga क्रिया, la science de l’éveil de l’énergie, Dhyāna ध्यान, la méditation, le Haṭhayoga हठयोग aussi et son approche du corps. Nous allions à ces pratiques, l’étude des textes sacrés, les grands concepts philosophiques de l’Inde par le Jñānayoga ज्ञानयोग. A cela, nous rajoutons une réflexion contemporaine sur le monde d’aujourd’hui, l’approche des concepts scientifiques actuels ainsi que la vision quantique du réel.
Nous avons pu plusieurs fois constater l’existence des liens très intimes entre la pensée spirituelle ancienne et les concepts scientifiques les plus récents qui soient.

Le savoir millénaire de la tradition spirituelle orientale auquel nous avons la chance d’accéder aujourd’hui, était, avant d’être analysé et traduit en écrits par des érudits orientaux, des pandits et des indianistes étrangers, un savoir basé sur la tradition orale et initiatique­.
Dans la science du kriyā, étroitement liée au tantrisme ésotérique, nous sommes constamment ramenés à la connaissance philosophique et symbolique du célèbre couple Śiva-Śakti शिव शक्ति et des principes fondamentaux de triplicité qui l’animent.
Tout le processus d’éveil consiste à réaliser ;
- le passage de l’extérieur vers l’intérieur,
- l’expérimentation des plans humains et leur transcendance,
- la résorption en soi des Tattva (तत्त्व) (éléments) dissouts à leur pure essence,
- les expériences de transcendance du temps, Mahākālaमहाकाल,
- du son, MahāNadaमहानद,
- du mental, MahāManasमहामृग.
Nous ne pouvons accéder aux fonctions des plans supérieurs que si nous arrivons à réaliser ce passage en nous de la dualité à la non dualité, permettant de toucher ce qui est au-delà, à savoir le plan subtil, voire divin par l’élargissement de la conscience.

Nous retrouvons cette même préoccupation dans le Vedānta वेदान्त mais la démarche se fait par les supports de la réflexion intellectuelle. Dans le kriyā, nous nous appuyons sur les cultes et pratiques portant sur le couple symbolique Śiva-Śakti, correspondant philosophiquement au binôme conscience-énergie.

Dans la symbolique de la doctrine secrète de la Déesse Tripura त्रिपुरा (Śakti suprême) icchā, la volonté en tant que désir de manifestation, Jñāna, la connaissance et kriyā, l’action sont les trois Śakti (énergies) qui donneront naissance au développement du triangle symbolique A-Ka-Tha.
Nous retrouverons l’écho de cette doctrine dans bien des textes sacrés de la même époque.
Ainsi, « L’essence du Tantra  तन्त्र » est illustrée par la déclaration suivante dans le 3e chapitre (pātāla पाताल) du Kaulajñānanirṇaya de Matsyendranātha (sage indien médiéval du 10e siècle ap J.C, vénéré par les hindous et les bouddhistes et considéré comme l’initiateur d’une grande lignée de hatha yogi) :
« La force primordiale icchā, absorbe l’action kriyā et la connaissance Jñāna, pour se résorber en Śiva  ».

Dans le même chapitre, il y est dit : « L’adoration externe du liṅgaṃलिङ्गं extérieur en pierre ou autre va être remplacée par l’adoration interne vers le liṅgaṃ fait de conscience.
C’est en abandonnant la dualité de la pensée et en s’identifiant avec le chemin de la non dualité, que la prise de conscience de l’énergie interne grandit. »

La prise de conscience de l’énergie interne conduit à des extériorisations externes (siddhi )सिद्धि.

Le pratiquant avancé transforme cette surabondance d’énergie interne en conscience pure.

Bien sûr, nous dit Eric Baret, "ces formulations tantriques étaient faites en un langage crépusculaire", c’est-à-dire dans un langage hermétique réservé à l’initié.
A l’époque moyenâgeuse, les revendications du tantrisme, dans ses besoins de faire feu de tout bois et de dépasser toutes conventions sociales et religieuses, étaient extrêmement « transgressives » pour le brahmanisme orthodoxe.

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De nos jours, il nous est difficile de comprendre ces défis du pratiquant de l’époque tant nous avons évolué dans le libéralisme.

La quête d’élévation par la purification part d’un autre point de départ pour le pratiquant contemporain. Il lui faut trouver aujourd’hui la nécessité de faire des choix dans un pluralisme comportemental totalement ouvert. Nous pouvons trouver aujourd’hui des chercheurs spirituels ayant déjà fait feu de tout bois dans leur existence, dans le meilleur et parfois dans le pire.
La notion de transgression pour le contemporain est différente.

Dans le tantrisme, il y a deux voies (Mārgaमार्ग) voir conf « Qu’est-ce que le tantrisme ? ». Vāmamārga वाममार्ग est la voie gauche avec les cultes et pratiques subversifs et la voie droite, Dakṣiṇamārga दक्षिणमार्ग, voie plus orthodoxe avec les rituels végétariens et la sublimation de la déesse par la visualisation et le culte intérieur.

Dans le Brahmanisme de l’époque et sa tradition orale, les premiers cultes ne laissaient pas beaucoup de place aux divinités féminines. Ce ne fut jamais le cas du tantrisme car la divinité majeure étant la nature elle-même, elle fut symbolisée par la Śakti, l’énergie suprême, principe féminin par excellence en harmonie avec le principe masculin, symbole de la conscience. Nous reviendrons ultérieurement sur la place accordée aux divinités féminines.

Ce qui caractérise avant tout les approches anciennes des rites et des
pratiques étaient leur « non cérébralité ». Cela ne signifie en rien que les érudits et sages de l’époque en furent démunis, bien au contraire. Il suffit de lire la profondeur métaphysique de leur réflexion. Mais, la priorité durant les pratiques était donnée au vécu, au ressenti émotionnel.
La pratique de la transcendance n’avait rien d’une démarche métaphysique et conceptuelle. La quête, probablement oui !
Nos esprits contemporains ayant toujours soif de comprendre, sont souvent handicapés émotionnellement et notre esprit d’analyse, notre intellectualité sont des obstacles à l’acception spontanée nécessaire pour la transcendance.
Cette acceptation relève de l’état de confiance envers le guide et les enseignements.

Occidentaux, hommes modernes, avons en général cette méfiance face aux croyances anciennes et elle est justifiée par l’obscurantisme du passé.
Il a fallu du temps à l’homme pour identifier et combattre son asservissement à ses propres croyances.

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Mais tout n‘a pas été immature et non évolué par le passé.
Le passé nous a légué aussi de l’or. Qu’en avons nous fait ?
Si l’évolution de notre race humaine s’est faite dans des directions spectaculaires en termes de sciences et de technologies, nous payons aujourd’hui un prix onéreux de cette apparente émancipation acquise aux frais de la dégradation de la nature et cela indique cruellement notre grande immaturité spirituelle.
Nous sommes des enfants ayant beaucoup trop joué avec les allumettes.

Nous avons certes, évolué et appris à discerner, du moins en partie.
La conscience doit à un moment transcender l’intellect.
Cela est difficile à saisir pour les contemporains que nous sommes.

Tant que vous ne percevrez pas le génie qui se cache à l’intérieur des stances philosophiques ou poétiques du passé apparemment naïves pour votre œil contemporain, alors vous ne pourrez rien transcender ni extraire du savoir millénaire sacré, cet or partagé par les anciens.

Dans votre élévation spirituelle, la perception sensible et intime, aussi bien dans les pratiques que dans les lectures ou les réflexions, permet d’activer la révélation supérieure qui se cache dans le symbole, l’aphorisme ou le geste.
Cette perception est supérieure à l’analyse intellectuelle.
Création, Préservation, Destruction, Occultation, Révélation
sont les grands principes qui animent la conscience.
La conscience ordinaire doit comprendre ce principe d’occultation et de révélation afin de grandir et se dépasser elle-même.

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Ainsi, durant les pratiques spirituelles, tout ce qui se passe en vous devient le lieu où les énergies intérieures et divines peuvent se révéler et s’exprimer.

J’écarte bien sûr les distorsions mentales relevant d’un mental malade non aguerri aux exigences des pratiques et qui pourrait élucubrer sur ses propres perceptions.

Lorsqu’en pratique méditative ou en kriyā avancé, vous touchez du doigt ces espaces-temps où le bruit du monde disparait pour ne laisser place qu’à la paix et la beauté intérieure d’un espace sacré, ce sont des moments d’une grande intériorité qui valident à jamais votre perception divine.
Mais l’occultation du monde sur votre vigilance peut surgir à tout moment et l’oubli naturel peut s’installer.

Le développement de ces énergies subtiles internes, s’apparentant dans la symbolique à des énergies divines, voire des divinités, des Śakti, vont jouer un jeu incessant d’apparition et de disparition selon votre champ perceptif.
Maintenir l’état de Turīya तुरीय, du moins les prémices d’éveil est un challenge permanent pour le pratiquant. En effet, ce dernier passe sans arrêt, tant que l’éveil n’est pas totalement réalisé, dans les états différenciés d’Adhyāropa अध्यारोप.
voir conf « La Triplicité fondamentale »
En une même méditation, il peut passer de l’état somnolent et de torpeur à l’état de veille, ou bien à l’état de rêve et d’imagination plus ou moins consciente ou bien encore à un état d‘éveil supra-conscient durant lequel de hautes énergies prennent place.
C’est à ce moment-là que la non dualité peut être perçue.

Mais les énergies supérieures aptes à enseigner ou à éclairer le Sādhaka साधक peuvent aussi apparaitre dans les moments ou lieux interstitiels des différents passages entre les états d’Adhyāropa. Nous pourrions penser que cela correspond au processus naturel de la prise de conscience humaine qui crée dans le mental humain, ces moments-là, telles l’étude et la réflexion qui nous éclairent parfois à certaines occasions, ou bien le changement opéré par le réveil du matin qui nous fait changer de conscience et d’état physique et mental.

Notre monde étant notre miroir, notre perception de lui dépendant de nos Jñānendriya ज्ञानेन्द्रिय (organes des sens), nous pourrions aisément penser que le monde n’a pas d’objectivité pure et qu’il est ce que nous percevons.

Autrement dit, ces perceptions subtiles seraient les états de notre création. Toutefois, tous les enseignements spirituels présentent ces états supérieurs de perceptions comme des énergies divines agissant dans notre plan humain et aptes à nous révéler les enseignements détenteurs des vérités universelles.

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Le monde est dans notre cerveau. La vie sans limite peut se manifester dans l’infinité potentialité de nos perceptions à condition que nous aiguisions nos aptitudes perceptives.
Elles sont nos portes vers l’absolu, univers objectif pour certains, dieu pour d’autres, Brahman non manifesté pour les Vedantins, Śiva-Śakti pour le tantrika.

Dans l’enseignement yoguique, les énergies internes sont souvent apparentées aux yoginī (s) ,योगिनी ces Śakti dont vous avez un aperçu, pour les pratiquants du kriyā avancé, en partie dans l’enseignement initiatique des Āvaraṇa आवरण du Śrī Yantraश्री यन्त्र. Nous pouvons en trouver encore plus nombreuses dans bon nombre de représentations imagées des temples ou des textes sacrés de l’Inde.

Ces énergies représentent donc l’étendue potentielle de l’expérience humaine de sa dimension animale à sa dimension divine, si tant est que nous puissions accéder à cette dernière.
C’est l‘objectif de la pratique yoguique.

Ne déployer sa vie qu’avec les limites perceptives ordinaires sans aller à la source de notre « perceptivité » intelligente et subtile intérieure, c’est s’amputer de cette dimension sacrée et de cette potentialité transcendantale.

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Pour y accéder, pratique et éclairage d’un guide sont bien sûr nécessaires, mais il vous faut surtout comprendre que, même si l’intellect est incontournable au discernement nécessaire sur le chemin, la puissance du cœur et du ressenti de l’âme, une fois tous les doutes levés, sont les garants pour accéder à la dimension absolue et profonde de votre pratique et permettre aux révélations de s’y produire.
Le don de soi dans votre pratique intime, méditative, énergétique, est ce qui ouvrira la porte en vous aux perceptions illimitées de la joie libre et infinie.
Vous devez pouvoir y perdre votre tête.
Rendez donc votre pratique plus sensible.
Hari om tat sat
Jaya Yogācāryaḥ

Bibliographie :
- « Le Kaulajñānanirṇaya « de Matsyendranātha aux edts Les Deux Océans
- Commentaire et adaptation de Jaya Yogācāryaḥ

©Centre Jaya de Yoga Vedanta France & La Réunion

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