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Le piège

Conférence donnée en cours de méditation par Jaya yogācārya le vendredi 2 oct 2020

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Merci d’être là, présents et fidèles, sur ce délicat chemin qu’est le travail yoguique de l’éveil et de la réalisation du Soi.
Cette semaine, une de vous a perdu une proche relativement jeune, cette dernière ayant été anéantie par l’insidiosité du cancer. Quand l’un de nos amis spirituels est dans le désarroi, il lui est important de sentir la présence attentive, discrète, subtile, efficace, apte à lui insuffler l’intelligence prānique si nécessaire à ce moment là.
C’est qu’il a fallu de nombreuses années de méditation, de pratique spirituelle, pour fédérer vos différences égocentriques et vous amener à cette conscience spirituelle qui a enfin compris la valeur d’autrui, en comprenant la valeur d’elle-même, d’où les actes généreux et spontanés de votre part aujourd’hui !

Si je vous parle depuis plusieurs conférences du pouvoir de l’esprit sur la matière et de la nécessité d’identifier le réel afin d’agir sur lui pour moins le subir, ce n’est pas dans le but de développer une outrecuidance chez vous, vous faisant croire à la toute puissance de votre seule volonté.
L’objectif fondamental de notre pratique yoguique reste toujours le même, à savoir celui de la réalisation totale de votre être par le processus de la transcendance.
Ce qui est à l’œuvre en trame de fond, est la préparation à votre expérience de fusion avec l’absolu, soit dans cette vie-ci, soit au moment de votre mort, soit ultérieurement dans un autre plan.

Le yoga vous rappelle à la nécessité de la disparition de l’ignorance qui cache la vérité. Cette disparition se réalise grâce à la discipline du chercheur, quelles que soient les pratiques ou doctrines qu’il suit. Si apparemment toutes les voies semblent différentes et la notion de vérité relative, elles sont finalement semblables sous l’éclairage de la loi de la cause et de l’effet.
L’absolu et l’univers manifesté sont un principe éternel, visible et invisible, fini et infini, de pure conscience.
L’homme quant à lui, loin d’avoir réalisé cette pure conscience, se débat dans sa carnation et son évolution, s’exprimant en fonction de son degré de conscience.
Certes, l’évolution de la race humaine obéit à une dynamique de groupe. Chaque époque, chaque siècle apporte un développement nouveau, un changement total dans les différents plans de l’homme, physique, psychique, intellectuel, ce processus évoluant sur une échelle constante et ascendante.

Aujourd’hui , telle personne vit mieux qu’un seigneur du moyen-âge ou se déplace plus vite que César sur son char.

Ainsi donc, sur ce principe, les sages ou les esprits éclairés qui appartenaient physiquement, mentalement et spirituellement aux plans supérieurs du monde antique, étaient ce qu’ont été, sont ou seront certains hommes plus ordinaires dans les cycles suivants.
Nous pourrions le penser.

C’est le cas en effet pour un très petit nombre et non pour tous.

Au vu de la croissance démographique de la race humaine, beaucoup échappent à ce processus pour deux raisons ;
-d’une part, il y a toujours des miséreux laissés pour compte dans ce monde riche et compétitif par les stratégies géopolitiques, industrielles, n’ayant que peu d’ accès à l’éducation, à la santé, à la consommation, aux moyens technologiques et aux transports),

- d’autre part, chez un grand nombre restant qui ont accès à tous les moyens précités, leurs comportements « viciés » sont les fruits de cette société compétitive et hyper-individualiste, où beaucoup de personnes se préoccupent peu de l’élévation de l’esprit, du cœur et de l’âme.
L’autre est la marche instrumentalisée sur laquelle on grimpe.

Nous aurions pu espérer évoluer autrement !
Moins de monde dans un monde plus équitable ! Plus d’esprits éclairés !
Avons-nous déjà raté le coche ?

Nous devrions, en principe, espérer que l’humanité occupe un jour un degré de l’échelle de l’évolution bien supérieur à celui où elle se trouve aujourd’hui.

Buddha, Jésus, Milarépa, Śaṅkararya, pour ne citer qu’eux, tous de grands initiés des traditions spirituelles, mystiques, yoguiques, religieuses, incarnant la sagesse, étaient déjà bien supérieurs aux hommes d’aujourd’hui.
Avec eux, les doctrines secrètes, ésotériques, rédigées par des esprits éminents, resteront encore pendant des siècles à l’état de lettres mortes, si elles ne sont pas perdues avant.
Parfois conservées dans des musées, elles y gardent encore tous leurs secrets.
Seuls des esprits éclairés, des chercheurs spirituels détenant la compréhension de ce savoir millénaire ont vocation de préserver cet héritage et d’en être les instructeurs.

Hélas !
Pour un grand nombre de gens, l’homme supérieur contemporain est apparenté à son pouvoir et sa richesse obtenus par son intelligence pragmatique du profit.
Aux yeux de beaucoup, le poète, le mystique, aussi brillants soient-ils, ne sont que des illuminés, inaptes à faire avancer le monde.

Et pourtant !
Dans ce monde pragmatique, sophistiqué mais aussi trop souvent incohérent, l’homme contemporain a besoin d’une spiritualité qui le ramène à sa dimension naturelle et sacrée.

Le succès des approches de développement personnel flirtant avec les pratiques spirituelles en est bien le signe. On y voit parfois des pratiques yoguiques dénaturées.

Quant aux neurosciences, aux psychologies cognitives ou comportementales, etc., qui ne s’encombrent pas de la dimension mystique en évinçant les aspects ésotériques de la science spirituelle se suffisent à elles-mêmes.
Elles ont cependant pour racines, sans forcément le savoir, des connaissances anciennes, des textes sacrés, véritables traités de psychologie avant l’ère, tels les sūtra सूत्र, les Upaniṣad उपनिषद्, les Bhāṣya भाष्य, et bien d’autres textes de confessions différentes.

Plus encore, c’est méconnaitre de leur part, que sont enfouis dans le savoir spirituel millénaire, des concepts et des vérités que l’on retrouve aujourd’hui émergents, validés ou réadaptés par l’approche de la science.

La vertu de ces démarches contemporaines, sous le couvert d’une pensée novatrice, est de rendre et à leur insu, plus accessible ou plus intelligible le discours ésotérique et mystique millénaire.
Toutefois, ces connaissances étaient autrefois réservées aux initiés et à leurs qualités supérieures, gages de protection de ce savoir.

Le danger aujourd’hui est de deux sortes ;
- d’une part, donner ce savoir à l’intelligence humaine du XXIe siècle, c’est risquer de permettre au commun des mortels non initiés de jouer avec le feu sans éthique,
- d’autre part, c’est d’en ôter, par l’analyse intellectuelle et l’affirmation égotique, l’essence subtile et prānique qui font de ce savoir millénaire, un savoir sacré.

Dans les derniers cours de Kriyā yoga avancé, nous avons pu voir le pouvoir du Prāṇa प्राण, la subtilité de l’esprit dans le ressenti à l’autre et expérimenter cette dimension sacrée qui nous gouverne. Beaucoup d’entre-vous en ont été d’ailleurs bouleversés.
Ces mêmes exercices pratiqués par des néophytes auraient relevé de la mascarade ou de l’approximatif. La pratique du yoga développe en vous des outils puissants qui vous permettent d’agir sur le réel immédiat mais aussi sur des plans plus subtils et cosmiques. Ces outils cependant ne peuvent être utilisés sans l’éthique spirituelle et l’amour inconditionnel, une fois l’ego éradiqué.

Mais comment éradiquer cet égo ?
Le but de l’égo c’est d’imposer son importance.
Dans un conflit, si votre égo n’y réussit pas, vous serez vexé et serez dans des ressentis émotionnels négatifs.
Trois choses sont alors possibles à ce moment là pour vous.
Soit vous explosez, en parfaite victime ou offensé...
Soit vous lâchez le conflit et laissez partir le différent, en parfait égoïste...
Soit vous ravalez votre égo, en parfait altruiste...

Éradiquer l’égo ne signifie pas ne plus s’aimer soi-même et n’aimer que les autres.
Faire cela, revient à vous tourner vous-même le dos.

L’égo n’est pas à enlever en totalité. Une part de l’égo vous permet d’affirmer en dehors de tout conflit avec autrui, votre être et ses degrés d’expression ; affirmation de votre personnalité, de vos goûts, votre expression artistique, vos compétences professionnelles, votre générosité, votre service, etc.

Se diriger vers le divin, l’absolu conscience, ce n’est pas tenter de se débarrasser de son égo dans une attitude désintéressée.
Souvent, se tourner vers une vie religieuse ou altruiste par une vie vertueuse, dévotionnelle et de service est une démarche de l’ego qui fuit son propre inconfort.

Attention à ce piège !

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Le but n’est pas de tourner le dos à votre âme et vous consacrer à n’importe quoi ou à n’importe qui, juste pour obtenir un appui extérieur.

Le divin n’est pas à l’extérieur, il est à l’intérieur.

Un égo qui idolâtre un symbole abstrait risque de tourner le dos à son âme, alors qu’elle est avant tout le premier principe divin à adorer.

Chez certains, se tourner vers Dieu afin de se débarrasser de son égo est une façon d’accorder une importance interne à cette démarche et se livrer au jugement des autres.

Le retour vers soi-même sans regarder les autres est la vraie voie vers le divin.

En vous libérant du besoin d’attendre, d’écouter ou d’appréhender l’avis des autres, vous devenez libre et votre ego cesse d’exister.
Ce qui reste est la vraie personne spirituelle, authentique.

Ainsi donc, même si votre intention interne à vos yeux semble louable, elle peut-être le piège de votre égo spirituel.
Ce dernier est le plus difficile à identifier, il est le plus futé.

Si vous pensez obtenir une réponse du monde par une intention intérieure habitée d’un ego dissimulé, vous récolterez des résultats non espérés, voire opposés à vos attentes.
Seule votre liberté intérieure sera le garant d’une vraie relation avec l’absolu.
Le yogi, devant, avant tout, rester un être libre.

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Hari om tat sat
Jaya yogācārya

Bibliographie :
- "Le Vedanta et l’inconscient" d’Arnaud Desjardins aux Edts la Tabe Ronde
- "Dirige ta réalité" de Vadim Zeland aux edts Exergue
- Adaptation et commentaire de Jaya yogācārya

©Centre Jaya de yoga Vedanta Ile de La Réunion

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